L’intolérance au lactose

Introduction

J’aimerais commencer par parler de la fondation HON (Health On the Net). Vous savez que sur Internet on trouve de nombreuses informations, et pas forcément toujours très fiables. HON nous aide dans le choix des informations que l’on peut trouver sur Internet avec différents outils comme un moteur de recherches dans des sites qu’ils ont classé comme de confiance, et des labels qu’ils donnent à des sites. Cela ne doit pas vous enlever votre esprit critique et d’aller vérifier les informations tout de même, mais ça permet un premier tri. Je l’ai un peu utilisé pour faire ce dossier.

Le moteur de recherche permet de rechercher des informations par langue, ce qui est très pratique quand on ne parle pas très bien l’anglais.

Allergie ou intolérance?

Dans un premier temps, j’aimerais établir la différence entre allergie et intolérance. L’allergie est une réponse du système immunitaire à une substance. Il peut s’agir d’un métal, d’un aliment, d’un produit de nettoyage, etc. Le principe est simple, le système immunitaire considère la substance comme une menace, tel un virus, et va mettre en œuvre des moyens pour l’éliminer. Il va y avoir production d’anticorps qui vont se lier avec la substance, qui vont déclencher les réactions en chaîne pour arriver à la  libération d’histamine (et autres substances). C’est elle qui créée la réaction allergique. Les personnes allergiques prennent souvent des antihistaminiques pour supprimer cette réaction. Très souvent, les réactions allergiques sont minimes: nez qui coule, éternuement, toux, démangeaisons, etc. Mais dans certains cas, et ce très rapidement après le contact avec l’allergène, il peut se produire un choc anaphylactique, qui peut mener à un arrêt cardiaque si on n’administre pas de l’adrénaline. C’est ce qui arrive avec les personnes allergiques aux piqûres d’abeilles par exemple.

Bien qu’une personne sur 3 se dise allergique, en réalité, seul 2% de la population l’est. La proportion est plus importante chez les enfants (3-7%), mais elles disparaissent le plus souvent après l’entrée à l’école. (Je n’ai pas fait de recherche pour savoir quels étaient les causes réelles.)

Les allergies alimentaires sont souvent d’ordre génétique( et donc héréditaire), et normalement identifiée très tôt dans la vie.

L’intolérance, elle, relève d’un autre mécanisme. Ce n’est pas le système immunitaire qui réagit, mais une autre partie du métabolisme. L’intolérance au lactose est un cas très particulier et intéressant sur de nombreux points, qui met en jeu le système digestif.

L’intolérance au lactose

Qu’est-ce que le lactose?

Le lactose est un disaccharide (un glucide) composé de deux sucres: glucose et de galactose. Le lactose n’est pas assimilé directement par notre intestin et doit être coupé en deux. C’est la lactase, une enzyme digestive, qui s’occupe de ce travail. On constate chez les intolérants au lactose une absence (ou du moins des concentrations très faibles) de lactase. Pourtant, durant nos premières années de vies, nous avons tous, à l’exception notable des allergiques au lait, consommé du lait. (Au passage, les allergies au lait sont causées par les protéines du lait, et pas par le lactose.)

Chez les mammifères, l’homme ne faisant pas exception, les adultes perdent la capacité de digérer le lactose à l’âge adulte. Pour l’homme vers 5-7 ans.

Savez-vous, au niveau mondial, combien d’êtres humains adultes sont capables de digérer le lactose?

J’ai trouvé différents chiffres qui font état de 15 à 25% de personnes tolérantes au lactose. Dans les pays asiatiques, on atteint même des scores de 90% d’intolérance. Mythe tenu.

Chez nous, en Europe, c’est plutôt la proportion inverse. Jusqu’à 80% de tolérants en France par exemple. Comment cela se fait-il?

Le Caucase il y a 10’000 ans (environ)

Une mutation génétique est apparue  il y a environ 10’000 ans (entre 10’000 et 5’000) dans le Caucase. Mutation dominante, et qui s’est répandue assez rapidement en Europe. On ne sait pas très bien si c’est grâce à l’élevage, ou si c’est ça qui a favorisé l’élevage. Il y a eu des études pour essayer de le vérifier, mais aucune conclusion définitive n’est établie. D’autant plus que l’avantage évolutif semble maigre. Même les éleveurs n’ont pas besoin d’être tolérant au lactose pour être avantagés. Sans frigo, et sous l’action des bactéries, en quelques heures, le lait est rapidement transformé en yogourt.  Ce qui est remarquable, c’est que cette mutation et l’une des dernières identifiées dans l’histoire de l’évolution de l’homme et une des plus importantes. Mais il y a plus, j’y reviendrais juste après. Je m’arrête un instant sur cette mutation.

La mutation d’un variant T en -13910

Je ne vais pas entrer dans les détails très techniques des différents codons de nos gènes. Une petite chose tout de même. Ce qui a muté, ce n’est pas la portion du gène qui code pour la lactase. C’est la partie qui code pour l’expression de ce gène. Ce qui est somme tout assez logique. Ce qui change au cours de notre vie, c’est l’expression du gène qui code pour la lactase. On appelle les intolérants des “lactase non-persistant”. Les autres étant “lactase persistant.”

Il existe également une mutation qui rend inopérante la lactase elle-même. Celle-ci est détectée dans les premiers jours de la vie. Il peut s’agir d’une mutation héréditaire.

Évolution parallèle

Mais il y a plus, disais-je juste avant. Certaines populations d’Afrique sont également très fortement tolérantes au lactose.  En analysant leur génome, on s’est rendu compte que la mutation était différente. Elle est apparue entre -7’000 et -3’000 ans, et concerne une autre partie du gène, mais qui a exactement la même expression: rendre la personne “lactase persistante”.  Nous avons un magnifique cas d’évolutive parallèle. Deux populations différentes convergent vers un même avantage.

L’intolérance au lactose en pratique

Si le lactose n’est pas dissocié dans l’intestin grêle, il passe tout droit, et c’est dans le colon que les choses peuvent devenir compliquées. Les bactéries présentes dans cette partie de notre intestin vont se nourrir du lactose en dégageant des gaz (hydrogène et méthane notamment). Ce sont ces gaz qui vont provoquer des ballonnements.

Les intolérants n’ont pas d’autre choix que de réduire leur consommation. La plupart du temps, de petites quantités de lactose ne posent aucun problème. De plus, de nombreux fromages sont quasiment exempts de lactose. Le lactose étant soluble dans l’eau, plus le fromage est égoutté, moins il en contiendra. Et comme il est utilisé par les bactéries du lait, plus le fromage est vieux, moins il en aura.

Dans les yogourts on trouve généralement pas mal de bactéries qui vont s’occuper de couper le lactose. On en trouve souvent moins, mais pas toujours, certains yaourts sont fabriqué avec une addition de lait en poudre, et on donc une plus grand proportion de lactose.

Quelques exemples (pour 100g de produit)

Lait entier (3,5 %) 4,8g
Beurre 0,6g
Crème fraîche 2,5g
Mozzarella 0,1-1,1 g
Emmental 0,1g
Cheddar cheese 0,02 g
Crème glacée 6,7 g
Lait de brebis 4,6-5,4 g
Fromage de brebis 0,1 g
Lait de chèvre 4,1-4,7 g

À noter que les produits qui ne sont pas à base de lait, ne contiennent pas de lactose. Cela paraît idiot à dire comme ça, mais certains fabricants l’indiquent sur l’emballage de produits. C’est le cas de certaines margarines par exemple.

Dépister une intolérance

Une solution simple consiste à supprimer le lait de son alimentation et voir si les symptômes disparaissent.  Il est également possible de faire des mesures: on fait manger du lactose au patient, puis on mesure la concentration en hydrogène dans l’air qu’il expire, et sa glycémie (taux de sucre dans le sang). Si le lactose est digéré par les bactéries du colon, elles vont libérer de l’hydrogène qui va se retrouver dans les poumons (environ 2h plus tard). S’il est digéré par la personne, on pourra voir une augmentation de sa glycémie (environ 30 minutes plus tard).

Il est également possible de faire un test ADN et vérifier la présence d’une des deux mutations connues. Mais ce test est plus cher, et demande plus de temps.

Qu’est-ce qu’un lait dé-lactosé?

Comme son nom ne le laisse pas penser, ce n’est pas un lait auquel on a enlevé le lactose. C’est un lait dans lequel on a simplement ajouté de la lactase. Cela ne change pas les qualités nutritives du lait, par contre ça change pas mal le prix.

 

Ce billet a été initialement publié sur Podcastscience.

 

Références:
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La protection du paysage? Mon oeil!

Franchement, ils me font bien marrer les protecteurs du paysage, du naturel ou de la tradition. Qui n’a pas entendu, ou dit soi-même, qu’il faut sauvegarder nos paysages de la destruction humaine, qu’il faut manger des produits naturels, ou qu’il faut conserver nos traditions?

L’exemple de la protection du paysage contre les éoliennes est un cas flagrant. D’une part, il ne faut pas oublier de tout mettre dans la balance1 . Mais surtout, ces éoliennes ne sont pas moches. Moi, je les trouve carrément belle. En fait, s’il y avait eu des défenseurs du paysage avant la construction des vignes du Lavaux, je n’aurais peut-être pas à quelques kilomètres de chez moi un site classé au patrimoine mondiale de l’humanité2. Le problème est exactement le même au sujet du nouveau toit du parlement vaudois, pour lequel un groupe veut un toit brun, plutôt que ce gris proposé. Dans 10 ans, on se sera complétement habitué et dans 50 ans il y aura des programmes pour “sauver le parlement vaudois de la destruction, ce joyau de l’architecture [..]” je vous laisse imaginer ce qu’on pourrait en dire. Toutes les considérations esthétiques que nous pouvons avoir ne tiennent pas sur le long terme, elles sont même vite dépassée. Et surtout, n’y a-t-il des choses plus importantes à décider?

Chez nous, il n’y a plus aucun paysage naturel. Tout a été façonné par l’homme. Nos forêts sont taillées, plantées, nettoyées. Nous creusons la montagne, construisons des routes, bâtissons des monuments. Nous détournons des rivières, canalisons des fleuves. Ils nous plaisent aujourd’hui, peut-être moins demain, mais on ne peut en tout cas pas prétendre défendre des paysages naturels.

Le “naturel “dans l’alimentation me fait beaucoup rire aussi. Qu’est-ce que le naturel? C’est une grosse farce dont se nourrit une frange bobo-branchés de la population, de politiciens démagogiques ou d‘industriels en phase de greenwashing. Toute notre production agricole a été modifiée, sélectionnée. Le naturel ce serait la campagne? Chez le paysan? Boire du lait de ses vaches? La vache n’existe pas à l’état naturel, tout comme le cochon, et tous les animaux d’élevages. Et je ne vous parle pas des semences.

Un comportement devient une tradition a partir de quand? 5 ans? 10 ans? 50 ans? La culture est en mouvement, penser qu’il faut la figer pour la préserver est une ânerie. Les techniques vont et viennent, les métiers changent, les modes passent, les religions et les rites se modifient.

Les agissements des multinationales ou des états qui pillent notre planète doivent cesser, nous devons faire attention à ce que nous mangeons, nous ne devons pas détruire notre environnement, ni nos paysages, mais nous devons mener ce combat en posant les bonnes questions, en donnant les bons arguments. Arrêtons de dire que nous voulons “retourner aux sources”, retrouver le naturel ou restaurer nos traditions, ces concepts sont complètement vide de sens.  Je rappelle, par exemple,  que s’il faut sauver la planète, c’est en réalité uniquement pour que nous puissions continuer à vivre.

Il y a tellement de bonne raison pour faire des choses bien, que je me demande pourquoi on va en chercher des mauvaises.

 

 

  1. La construction d’autre moyen de production peut aussi “gâcher” le paysage. Il faut aussi considérer l’intégralité des nuisances et les atteintes à environnement par ces autres moyens []
  2. Classement que je trouve relativement discutable, mais c’est un autre sujet []
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Je peux le faire, donc je le fais

Le monde techniquement très développé dans lequel nous vivons nous permet de réaliser des choses qui n’étaient pas envisageables il y a quelques années.1 Ces énormes possibilités que nous avons, s’accompagnent de responsabilités de la même ampleur. Et ceci à tous les niveaux.

Le seul fait qu’une action soit réalisable, est-il suffisante pour la justifier?

Par exemple, je peux mettre le feu à une voiture (fait techniquement réalisable). Mais la justification de ce geste ne réside pas dans le fait que je puisse le faire, c’est évident.

En revanche, si je vous dis: je peux m’acheter une tablette tactile de dernière génération. Dans ce cas, le seul fait que je puisse le faire, suffit à le justifier2.  Quand bien même les conséquences de cet acte ne sont pas anodines: les conditions de travail des employés de ces constructeurs sont au mieux lamentables, la durée de vie des produits est très courte et les déchets qui en résultent polluent énormément.  Je vois d’ici venir l’objection: dans le premier cas, c’est un acte illégal, pas le second.

Prenons un autre exemple. Pour de cours week-ends, on entend souvent la réflexion suivante:

Pour aller à Amsterdam, l’avion est moins cher que le train,  et surtout, tu mets beaucoup moins de temps. On ne peut pas faire autrement pour notre escapade du vendredi au dimanche.

Bien sûr qu’on peut faire autrement: ne pas y aller. Cette possibilité technique qui nous est offerte de voyager rapidement à un coût économiquement dérisoire n’est pas sans conséquence. Et la légalité, ou non, de l’action n’y change rien. Et pour se donner bonne conscience, certains vont même jusqu’à clamer:3

Je sais ce que tu penses de prendre l’avion pour ce genre de trajet, mais j’assume.

Outre le fait que la justification est inutile, voire révélatrice d’un certain malaise, cette assertion est fausse. Le passager, ou l’acheteur de produit polluant, n’assume rien, tout au plus il assume une certaine pression de certains compatriotes. L’incendiaire, lui, va devoir assumer ses actes. Le pollueur, en réalité, fait assumer ces actes à l’ensemble de la collectivité.

Revenons au cœur du problème, le simple fait de pouvoir faire quelque chose n’est pas suffisant, il faut aussi que cela ait du sens4. Certains me rétorqueront que nous ne pouvons pas nous poser la question pour chaque action que nous entreprenons. Bien sûr que non, restons pragmatiques. Cependant, notre confort de vie actuel, nous le devons à toutes les techniques que nous utilisons,  je pense qu’il est de notre devoir de réfléchir aux conséquences de leurs utilisations, et parfois se poser la question: pourquoi faire telle chose, plutôt que comment faire, me semble indispensable.

Quand on donne un sens à nos actes, quand on ne les fait plus uniquement car on peut le faire, quand on refuse de prendre l’avion pour se rendre à Amsterdam ou que l’on change son alimentation, nos actes prennent une dimension idéologique. De mon point de vue, c’est une excellente nouvelle, car d’une part je dirais5 qu’il est important de considérer l’ensemble et l’individu, et pas uniquement l’individu. D’autre part, j’espère que nos choix de vie sont gouvernés par autre chose que par des contingences matérielles: il est tout aussi important de prendre en compte les valeurs morales que les considérations économiques.

Il y a un domaine qui est encore plus problématique: la santé.

Confronté à une maladie ou un accident, le patient, ou la famille, peut être facilement tenté de “tout faire” pour sauver le malade. Comme chaque intervention a un coût, qui peut être particulièrement élevé, la question se pose jusqu’où peut-on vraiment aller pour sauver une vie. Car n’oublions pas que ce n’est pas directement le patient qui va assumer les coûts de son sauvetage, mais l’ensemble de la communauté. A l’heure où, l’on se rend compte que les coûts de la santé explosent, et pour éviter que le système ne s’effondre, on ne peut pas à mon avis négliger le problème. Car ceux qui vont pâtir d’un démantèlement du système d’assurance maladie, et qui commencent déjà à en souffrir  aujourd’hui, ce sont les classes économiques les plus faibles.

Mais comment faire pour refuser un soin, qui pourrait sauver la vie à quelqu’un, sur un motif économique? Je pense effectivement qu’on le peut pas directement. C’est pourquoi, selon moi, il est nécessaire d’avoir un débat éthique sur ce genre de sujet. Dans tous les cas, pour ma part, je continue de considérer que :

Le seul fait qu’une action soit réalisable, n’est pas suffisant pour la justifier.

 

  1. Quand je suis né, il n’y avait pas d’échographie dans toutes les maternités, et mes parents ne savaient pas comment j’allais être jusqu’au dernier moment. []
  2. Bien que nous nous en défendons et insistant sur l’utilité absolue de l’objet en question []
  3. Discours qui m’a été rapporté par une amie que je cite sans autorisation préalable, je suis sûr qu’elle me pardonnera. []
  4. Je ne dis pas que tout ce que je fais a du sens. []
  5. comme j’en ai déjà discuté dans ce billet http://www.ixanet.ch/blog/2011/10/il-faut-que-jy-gagne/ []
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La nature est bien faite

C’est une phrase que l’on entend souvent. Lorsque l’on s’émerveille  de l’adéquation d’un animal à son milieu1, ou des réactions physiologiques que nous avons face à certains évènements2. Jusque-là, passe encore3, le problème, c’est l’extension que l’on en fait:

Tout ce qui n’est pas naturel n’est pas bon.

Ou encore pire:

Écoute ton corps, il sait ce qui est bon pour lui.

Outre le fait qu’il faudrait définir “naturel” ou “bon pour lui”, on oublie plusieurs choses fondamentales. Tout d’abord, les réactions, ou les besoins, que nous avons prennent leurs racines dans des temps où nous vivions par petits groupes, en dépendance totale avec l’environnement directement accessible, et où la seule la survie comptait. Nos lointains ancêtres mangeaient ce qu’ils trouvaient, et devait notamment se méfier  des plantes toxiques. Des animaux sauvages4 menaçaient fréquemment les groupes humains et il convenait de trouver des stratégies pour survivre (et se reproduire). Bref, vous l’aurez compris, rien à voir avec le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.

Durant toute l’évolution de l’homme, et de ses ancêtres avant, la sélection naturelle a fait son œuvre, forgeant  petit à petit l’homme pour faire de lui ce qu’il est maintenant5. Ça c’est la version romancée. En fait, la sélection naturelle a fait6 disparaître toutes les variantes qui n’étaient pas adaptées. Ce qui est resté, ce qui a fait l’homme d’aujourd’hui7 ce n’est pas le meilleur de la nature, ni même le plus fort, ou le plus intelligent, et encore moins le plus empathique, c’est uniquement le plus adéquat dans un milieu donné, voire même, simplement, celui qui survit. Aucun jugement de valeur n’est pris en compte dans l’évolution.

Après des millions d’années d’évolution, durant lesquelles l’homme a d’abord découvert le feu, puis domestiqué les bêtes, l’agriculture, l’écriture et en moins de 10’000 ans, l’homme a complément modifié son milieu. C’est allé tellement vite, que “la nature” n’a pas eu le temps de s’adapter. Par exemple, nos changements alimentaires ont induit des problèmes que nous n’avions pas auparavant: carie et orthodontie par exemple. Je plaisante souvent avec mes amis en disant que:

Si la nature était bien faite, je n’aurais pas besoin de me brosser les dents 3 fois par jour.

En réalité, le problème n’est pas de savoir si la nature est bien faite ou pas, le problème, c’est de savoir si nous sommes adaptés. Et de fait, nous ne sommes peut-être pas mieux adapté à notre milieu que nos ancêtres, par contre, nos différentes techniques nous permettent d’y faire face. Que la source de nos problèmes soit issue de notre biologie ou créee par nous-même. Ainsi nous avons inventé le dentiste, le physio, l’analyse nutritionnelle, etc. Et c’est précisément parce que nous sommes capables d’analyser nos comportements, et dans certains cas de refuser de céder à nos pulsions que nous survivons. Notre corps aime particulièrement les aliments sucrés par exemple. Si nous n’étions pas capables de limiter notre consommation, nous aurions tous de graves problèmes de santé.8 En fait, une bonne partie des outils que nous avons à disposition font tellement partie de l’homme qu’il devrait presque être considéré comme naturel. Toute la difficulté est de trouver l’équilibre entre ce qui est bon, ce qui est nécessaire à l’homme, et ce qui est lui est nuisible.

Cependant, notre développement technique, et les modifications que nous faisons à notre environnement iront toujours plus vite que l’évolution “naturelle”. Nous avons donc le choix de continuer cette course effrénée vers l’avant en cherchant toujours de nouvelles solutions aux problèmes, ou bien, peut-être, de se poser quelques questions et de ne pas systématiquement faire quelque chose simplement parce qu’il est possible de le faire.

La nature est certes bien faite, mais l’homme sans ses techniques, n’y survivrait pas, alors jusqu’où voulons-nous aller?

 

Un grand merci à Alan Vonlanthen pour sa relecture de mon billet.

 

  1. Par exemple l’abeille qui butine et qui pollinise en même temps la fleur []
  2. P.ex. du dégout, voire des vomissements,  face à de la nourriture avariée. []
  3. que les darwinistes ne me tapent pas sur les doigts []
  4. Il faut dire qu’ils l’étaient aussi, sauvage []
  5. Étant entendu que l’évolution n’est pas terminée []
  6. Quand je dis “a fait”, il n’y a bien sur aucune espèce de volonté, de conscience ou de desseins la derrière []
  7. et le reste la nature aussi d’ailleurs []
  8. D’ailleurs, il y en a. []
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Ca me coûte moins cher de racheter une imprimante…

… que de changer les cartouches.

C’est une phrase que j’entends souvent. En plus du fait qu’elle est fausse, cette situation vient tout droit de la recherche d’un abaissement des coûts, ou comment la protection des consommateurs se retourne contre elle-même, et contre l’environnement. On va voir plus loin pourquoi.

Tout d’abord, il faut savoir que les imprimantes neuves sont livrées avec des cartouches presque vides. J’exagère à peine. Si vos cartouches annoncent 450 pages imprimables, vous pouvez être sûr que vous n’allez pas les faire avec votre jeu d’origine. Tout le monde le sait bien, les constructeurs d’imprimantes vivent principalement sur la vente des consommables, pourquoi livreraient-ils des cartouches pleines? Se tirant ainsi une balle dans le pied? Alors oui, le prix de votre jeu de cartouche neuve est peut-être plus élevé que le prix de l’imprimante, mais ce prix1 ne reflète pas la valeur  de ce que vous avez acheté. Ici, le nombre de pages imprimables par exemple.

Il y a quelques années, je vendais des imprimantes lasers couleurs d’un grand constructeur. Il disposait dans sa gamme de deux imprimantes identiques à une différence près: les cartouches. La version A était livré avec des cartouches quasiment vide, comme c’est le cas très souvent, et la version B était livré avec des cartouches pleines. Bien évidemment, le prix de la version A était bien moindre que la version B.  A l’époque j’avais sortis ma petite calculatrice et additionné le prix de l’imprimante A et des cartouches,  et je l’ai comparé avec la B.2 La version B était moins chère à nombre de page imprimable égale. Malgré ces arguments, je n’ai vendu aucune version B. Seule la version A partait.3

Et ce mécanisme, ou les consommateurs regardent le prix et non pas la valeur de ce qu’ils achètent, les constructeurs d’imprimantes l’on très bien comprit4. C’est ainsi également que la taille des cartouches, et donc leur prix, a été réduit, alors que leur valeur a en fait diminué.5

Pour gagner leur vie, les constructeurs se sont rendu compte qu’il était plus efficace de vendre très peu chère l’imprimante et de dégager une marge plus importante sur les consommables. C’est alors que les cartouches génériques font leurs apparitions. Des industriels, soucieux du porte-monnaie des consommateurs et du leur, se sont mis à fabriquer des cartouches compatibles avec les imprimantes fabriquées par d’autres. Leur prix ne pouvait être qu’inférieur: ils n’avaient pas besoin de se rembourser les coûts engendré par les pertes effectuées sur les ventes d’imprimantes.

Les constructeurs d’imprimantes ont tenté de répliquer par la loi en interdisant les consommables équivalents: échec. Notamment grâce à des associations de défense des consommateurs.  Ils ont donc contournés le problème. Puisqu’ils ne peuvent pas les empêcher légalement, ils se sont mis à le faire techniquement : ajout de puces électroniques dans les cartouches, nouveau jeu  de cartouches avec chaque nouvelle imprimante, etc. Forçant de fait, les constructeurs de génériques à plus de recherche, et donc des coûts plus élevé, et aussi un peu de latence entre la sortie d’une nouvelle imprimante et la mise sur le marché de cartouches génériques.

Pour le consommateur au final, on arrive à une situation ou à chaque fois qu’il change d’imprimante6, ces anciennes cartouches ne sont plus compatibles, il ne retrouve plus le même modèle7, et il paye ses impressions toujours aussi chers.8. Avec au passage une montagne de déchet en plus (vous devez changer vos cartouches bien plus souvent).

Aujourd’hui, la situation est complètement bloquée et sans une prise de conscience générale et des décisions politiques courageuses, je vois mal comment nous pourrions sortir de là. Le nœud du problème est en fait assez simple à énoncer : il ne faut pas chercher à payer le prix le moins cher, il faut chercher à payer le prix juste. Les industriels, les marchands, ne sont pas tous des méchants qui veulent la mort de la planète. Ce sont des gens qui cherchent à faire tourner leur entreprise et l’économie dans son ensemble. Il est illusoire de croire que nous pourrons acquérir des biens en dessous de leur prix réel, au final, l’entrepreneur trouve toujours un moyen de gagner son argent. Alors faisons en sorte qu’il le gagne bien.

  1. principalement le prix de l’imprimante []
  2. Je n’ai malheureusement pas gardé ces chiffres exactes. []
  3. Oui, j’ai bien dit aucune. []
  4. C’est valable dans d’autres domaines également []
  5. A titre d’exemple, les cartouches HP 78, vendu il y a 7-8 ans, qui était une cartouche très répandue, contenait 38ml d’encre. Aujourd’hui, une HP 364 fait 6ml.  Les techniques d’impressions ont changés depuis, notamment la taille des gouttes d’encres, la diminution de la taille n’est pas le seul facteur déterminant. []
  6. Et je ne vous parle même pas de l’obsolescence programmée. []
  7. Sur une bonne partie du marché, on a un renouvellement bi-annuel des produits. []
  8. Il y a tout de même une diminution globale du coût de l’impression, mais celui-ci aurait pu être bien plus important []
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Le peuple souverain?

La démocratie est le régime politique dans lequel le peuple est souverain.1

Simple non ? Ah… ben non en fait, Wikipedia nous apprend qu’il n’y a pas de consensus précis sur la définition de la démocratie2. On peut aussi la définir par ce qu’elle n’est pas:

De façon générale, un gouvernement est dit démocratique par opposition aux systèmes monarchiques d’une part, où le pouvoir est détenu par un seul, et d’autre part aux systèmes oligarchiques, où le pouvoir est détenu par un groupe restreint d’individus.3

Si on n’arrive pas à définir clairement la démocratie, on comprend par contre très bien quel en est le but: éviter que le pouvoir ne soit détenu par un groupe d’individu, et éviter que les gouvernants n’abusent de leur pouvoir.

Alors donc la censure légitime et la discrimination légitime, dont je parlais, sont des constats d’échec de nos systèmes démocratique?

Force est de constater que oui4. Et la raison est, à mon avis, que nous avons oublié, ou que nous sommes en train d’oublier, un fondamental: la séparation des pouvoirs. Ainsi, le peuple souverain, dans sa grande sagesse et pour s’assurer que lui-même n’abuserait pas de son pouvoir, a instauré cette séparation. Nous avons donc un système qui s’auto-surveille pour éviter qu’il ne commette lui-même des erreurs. Nier cet auto-contrôle, c’est de fait, nier le système démocratique.

Par conséquent, faire appel à la souveraineté du peuple de manière unilatérale5 est un déni de démocratie.

  1. Source Wikipedia []
  2. Il y a tellement de système démocratique différent qu’il est quasiment impossible d’en donner une seule définition []
  3. source idem []
  4. Du moins, si la tendance venait à se confirmer []
  5. Comme les partis populistes aiment à le faire []
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Vous n’êtes pas innocent

Réveil tôt le matin. Trajet. 50h de travail par semaine. Des clients difficiles. Stress. Des problèmes délicats à régler avec les fournisseurs. Des élèves qui crient sans arrêt. Des congés annulés. Des trajets à l’étranger. Un rapport en retard. …

– Et le soir, on arrive enfin à la maison, alors on prend le temps de se divertir. Ne plus penser à rien. Car on se dit qu’on a le droit de.

Pot-de-vin. Magouille. SDF. Non remboursement de prestation. Injustice.  Évasion fiscale. Travail au noir. Arnaque. …

– On le sait, mais que peut-on y faire? De toute façon ils le feront quand même. Et puis moi, j’ai mes enfants à nourrir, mon travail à conserver. Je dois être plus productif pour pouvoir finir de payer ma voiture et ma maison. Je pourrais même m’offrir le dernier coffret édition spéciale de ma série, et si je touche l’entier de ma prime, je pars une semaine dans les iles. J’en ai le droit.

Liberté économique. Loisirs. Réussite personnel. Vacances.  Travail. Progression. Divertissement.

– Et puis eux, ils ont tout cela, pourquoi pas moi? Je paye mes impôts et mes assurances. J’ai le droit.

Faim. Renvois. Mort. Séparation familiale. Dénigrement. Froid. Discrimination. Pauvreté.

 

Mais au juste, c’est quoi qui vous donne, le droit de?

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Il faut que j’y gagne.

Vous le savez, j’aime à discuter de politiques et des sujets de société avec mes amis. Que ce soit en ligne, ou lors de soirées en partageant un bon vin. Bien évidemment, il y a des questions qui reviennent plus souvent que d’autres notamment parce qu’elles me tiennent à cœur. Ainsi en est-il de l’individualisme.

On me rabâche souvent que le communisme ça ne marche pas, que l’histoire nous a montré que ça ne tenait pas la route. Et donc, une société capitaliste qui favorise la réussite et le dépassement de soi est la seule solution possible. Vraiment? C’est à ce moment que je ressors cette même histoire qui nous a été racontée dans Un homme d’exception.

John Nash est un mathématicien1 qui a développé une théorie que je trouve particulièrement intéressante. Pour résumer grossièrement, elle dit que pour gagner un jeu, il ne faut pas réfléchir à la meilleurs solution pour soi, mais de trouver la meilleur solution pour soi et pour l’ensemble des joueurs2. Ce que je comprends moi à ceci, c’est qu’il faut absolument arrêter de penser qu’il existe un intérêt prépondérant entre l’individu et l’ensemble de la société. Et que nos choix devraient prendre en considération les deux aspects simultanément, sans considérer que l’un est plus important que l’autre. Il ne faut donc pas dire:

Il faut que j’y gagne.

Mais plutôt:

Il faut que moi et la société y gagne.

Cette démarche de réflexion mériterait d’être bien plus répandue dans notre société, malheureusement, les gains impressionnants3 que l’on peut faire individuellement en appliquant la théorie((Libéralisme économique)) d’Adam Smith, encourage les gens à se comporter de manière ultra-individualiste, ceci malgré le fait que la théorie de Nash a été démontrée. Tristement, contrairement à ce qui est dit dans le film, cette théorie n’a pas révolutionner notre économie, et c’est bien dommage.

  1. nobélisé en économie, 1994 []
  2. Pour ceux qui voudrait aller plus loin: L’équilibre de Nash []
  3. et même aberrants []
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La censure légitime

Au vu de certains événements récent12, je continue mes réflexions sur la légitimité3.

Est-ce que le peuple peut tout décider? Est-ce que le peuple a toujours raison? Est-ce que le peuple peut tout faire? Par exemple, pourrait-on envisager une loi, votée démocratiquement, qui instaure une dictature? ou encore une loi qui condamnerait toutes les jeunes fille aux cheveux bruns à la mort?

On le voit bien, il y a un problème. Un tel cas de figure peut arriver4. Répondons d’abord à une affirmation qui revient souvent, et ou la réponse est souvent faussement donnée:

Le peuple a toujours raison.

Dans les pays démocratiques, le peuple est souverain, c’est lui qui établit les lois. Juridiquement parlant, le peuple à raison. Mais ça ne va pas au-delà. Si le peuple votait, par exemple, que l’eau boue à 105°C5, ce serait alors vrai juridiquement, mais pas scientifiquement pour le coup.6

Revenons à la censure. La liberté d’expression est l’un des fondements de nos démocraties. Sous réserves des limitations que lui impose la loi7. On comprend bien pourquoi nous mettons des limites et de la souplesse dans nos normes juridiques. Il y a donc un compromis à trouver entre la liberté d’expression et la censure protectrice.

Le problème dans l’exemple qui nous concerne est que l’on demande qu’un film documentaire soit interdit à la diffusion8 sous prétexte qu’il ment. D’une part il faudrait que cette accusation de mensonge soit avérée9, mais quand bien même il y aurait des mensonges ou des omissions dans ce film, cela serait-il une raison pour l’interdire? Comment garantir, si une telle demande était acceptée, qu’à l’avenir n’importe quel documentaire, sous prétexte qu’il ne plait pas à un parti politique, ne soit interdit.10 Moi j’y vois un très grave problème pour la liberté d’expression.

Si une telle interdiction devait être acceptée, nous aurions alors un bel exemple de censure légitime, et ce serait une bien triste nouvelle…

  1. Demande d’interdiction du film documentaire “Vol Spécial” http://www.udc-vaud.ch/index.php?option=com_content&view=article&id=393:petition-contre-l-vol-special-r-un-docu-menteur-inacceptable-&catid=1:dernieres-nouvelles&Itemid=7 []
  2. La réponse du réalisateur https://www.facebook.com/notes/fernand-melgar/interdiction-des-projections-scolaires-de-vol-sp%C3%A9cial/2310663160581 []
  3. http://www.ixanet.ch/blog/2011/02/la-discrimination-legitime/ []
  4. Il est arrivé en suisse par exemple avec la votation sur les minarets []
  5. aux conditions normales de pression et de température… []
  6. Et encore, ce n’est même pas le peuple tout entier, il s’agit uniquement de la majorité du peuple. Et même, il ne s’agit dans les faits que la majorité des votants. []
  7. par exemple l’incitation à la haine raciale []
  8. dans les écoles []
  9. ce qui n’est pas le cas pour le moment à ma connaissance []
  10. Oui, il est toujours facile de trouver un mensonge ou une omission []
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Faut-il sauver la planète?

L’écologie est à la mode. Et je dois dire que cela a plutôt tendance à me réjouir. Cependant, on pose parfois de mauvaises questions. Par exemple:

Faut-il sauver la planète?

La réponse est simple: on s’en fiche.

Ne vous inquiétez pas pour la planète, ou même pour la vie1, l’un et l’autre vont s’en sortir. Ce n’est pas la bonne question.

Les questions importantes que nous devons nous poser c’est plutôt:

1) L’homme va-t-il pouvoir survivre sur cette planète?

2) Quels seront les conditions de vie pour l’homme?

Le message écologique qui dit “faisons attention à notre environnement, ne brûlons pas toutes nos réserves d’un coup, etc.” c’est un message de survie. Car ce qui est menacé c’est bel et bien la survie de l’espèce humaine.

La deuxième question est beaucoup plus sensible. Car en fin de compte, nous avons de bonnes chances de survie. La question plus importante encore, et d’autant plus difficile, est de savoir comment nous voulons que nos descendants puissent vivre.

Le concept de développement durable repose sur trois piliers:2 économique, social et écologique. L’idée étant de chercher un équilibre stable à long terme dans ces trois domaines. Et c’est seulement en recherchant constamment ces équilibres3, que nous pourrons offrir une vie correcte pour l’ensemble de la population.

  1. Il n’est même pas sûr qu’une guerre thermonucléaire arrive à anéantir la vie sur terre. []
  2. https://secure.wikimedia.org/wikipedia/fr/wiki/D%C3%A9veloppement_durable []
  3. Il ne faut pas croire que nous y arriverons un jour, une fois et pour toujours []
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