Voter “intelligent”, voter “juste” ?

Après chaque votation1, on peut lire çà et là les commentaires de victoires, de défaites, des analyses et des consternations.

Loin de moi l’idée de vouloir empêcher quiconque de parler, mais il me semble que certaines remarques méritent une certaine critique.

Il y a les sempiternelles remarques mesquines, du genre :

La gauche s’est pris une droite. #SalaireMinimum

C’est le crash avant le décollage. #gRIPen

Pas très intelligent, pas très utile. A la limite drôle dans certains cas, lourd souvent.

Il y a le classique “le peuple a toujours raison”:

Le peuple a su rester lucide.

Le peuple n’a pas été aveuglé par les arguments de …

Outre qu’on ne cite ce genre de maxime que lorsqu’on est dans le camp des vainqueurs, on oublie souvent de remonter un tout petit peu dans l’histoire pour se rendre compte que ce n’est pas toujours vrai.2 Mais en démocratie, on ne peut pas prétendre que le peuple, ce souverain, ne soit pas infaillible.

Ce qui m’amène à une petite digression. On confond deux choses. Le fait que le peuple soit souverain n’implique pas une perfection absolue, et donc qu’il ne trompe jamais. Elle implique uniquement une puissance absolue3. Ce qui veut dire que ce que le peuple décide est ce qu’il doit être. Or refuser tous commentaires, toutes critiques à l’usage du pouvoir dont il dispose, transforme le dépositaire de ce pouvoir en souverain totalitaire. Or, la démocratie ne doit pas être une dictature de la majorité. Fin de la digression.

Et puis, il y a le vote intelligent. Ou le vote juste.

Les vaudois ont voté intelligemment.

J’ai voté comme le peuple, j’ai fait tout juste.

On le sens de suite: le juste implique le faux. L’intelligent, le bête.

Or pour qu’il y ait un juste, il nous faut un référentiel. On peut se rattacher à la science, mais dans le cas de votation, ce n’est pas toujours facile.4 Il nous reste donc le référentiel à une groupe, ou pire une personne.

Le plus simple (et populiste) serait de définir le “juste” comme étant ce qui est choisi par le peuple. Dans ce cas, il n’y a pas de barème avant la fin du vote. Et pour “faire juste”, il faut deviner ce que la majorité du peuple va décider. Ce genre de prophéties auto-réalisatrices sont bien connues, notamment en économie, et leur biais intrinsèques sont dangereux.

Ce n’est pourtant ce qui est le plus problématique. Ce qui me pose un grave problème, c’est de juger.

J’ai des avis, des convictions et des idées qui sont en contraction avec la moitié la population suisse5. Considérer que je suis dans le juste et eux dans le faux est absurde. Il s’agit d’un choix.

Et juger l’autre sur la base de son point de vue est le meilleur moyen de se détester. Vivre ensemble quand on se déteste ça peut vite devenir un véritable casse-tête. J’ai de la peine avec les gens qui n’argumentent pas. Ceux qui, tel le troll moyen, balancent une généralité et qui fuient toute discussion. Parce qu’ils empêchent que l’on se comprenne, que l’on s’explique notre point de vue. L’important, c’est que l’on puisse construire ensemble, en tenant compte des envies et des besoins de chacun. En jugeant comme faux une position, on le prend pas en compte, on n’essaie pas de comprendre son adversaire, et on finit par devoir imposer, à coup de vote sanction des solutions qui seront alors rejeté par une bonne partie de la population.

Chaque voix, chaque vote, chaque personne doit être respectée.

 

  1. curieusement, on voit moins ce phénomène après des élections []
  2. Et pas besoin d’aller chatouiller le point Godwin, merci. []
  3. Encore que aujourd’hui, avec la mondialisation, ce n’est pas aussi simple []
  4. On pourrait se rattacher à la science juridique. Et invoquer que  le viol d’autres normes ne soit pas “juste”. Mais ça serait simplifier le débat []
  5. Certains plus que cela si on prend en compte tous les sujets []
This entry was posted in Politique, Société and tagged , , . Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *