Le choc silencieux

On commence par vouloir faire la surprise à tout le monde. Alors on ne dit rien.  Et puis, de toute façon, on nous a dit qu’il ne fallait rien dire  avant 3 mois, parce qu’avant, on est pas sûr. On se tait donc. Mais on trépigne.

3 mois, rien ne vient.

Il ne faut pas être trop impatients tout de même.

6 mois, rien.

C’est normal, ça ne marche pas à tout les coups, ni tout de suite. Il faut savoir être patients. La pilule ça bouleverse pas mal de choses, il faut un moment pour que ça rentre dans l’ordre. Une année, c’est un délai normal, lit-on.

1 an, toujours rien.

Différents tests de grossesses négatifs faits, en l’absence d’autres repères (parce qu’on ne sait pas). Cette incertitude commence à devenir pesante. Mais on ne perd pas espoir. Quand j’ai fait semblant que nous ne voulions pas d’enfant, ce n’était pas vraiment un mensonge, nous voulions faire la surprise.

1 an et demi.

Quand on est sorti de la première consultation au CPMA, tout allait bien, nous allions faire les examens préliminaires afin de déterminer les causes de notre non-réussite et nous allions savoir pourquoi.

Résultats.

Pour le médecin c’est simple: rien de vraiment grave, la machine est un peu grippée, ne produit pas d’hormones, alors on va mettre de l’huile. En l’occurrence il s’agit d’une stimulation hormonale de plusieurs jours1 après lesquels il faut tout faire comme si vous étiez enceinte, alors qu’on en sait rien2. Pour lui, on commençait demain.

Stupéfaction.

Stop. Un peu de calme pour réfléchir. Nous posons quelques questions. Nous réussissons au final à extorquer quelques informations à notre interlocuteur. Dans ce genre de situations où l’émotion prend une place très importante, la capacité de réflexion n’est pas à son paroxysme.

Nous avons décidé de laisser passer encore un peu de temps, d’essayer des solutions un peu moins violentes, et de revenir le cas échant.

2 ans et demi.

Quelques amis proches savent maintenant la situation dans laquelle nous sommes. Cette annonce retardée ressemblait avec le temps à un mensonge orchestré, et cette sensation de double vie n’était plus tenable. La pression, même involontaire, des naissances autour de nous, de nos familles qui posent quelques questions en toute innocence sur le sujet, est bel et bien réelle.

3 ans.

Le traitement, finalement tenté, a été un échec. Et franchement, avoir des rapports sexuels inscrit dans l’agenda, n’est pas le meilleur souvenir que j’aurais de ma vie. Quand on retourne voir notre doc, pour lui rien d’anormal. Oui, le traitement ne fait que ramener la probabilité3 de tomber enceinte à une valeur normale, un peu supérieure en fait parce que l’ovulation est contrôlée donc en ayant des rapports au bon moment on augment les chances. Si ça a échoué, il faut simplement recommencer tout cela une ou deux fois, et ça sera bon.

Pourtant, ce type4, il doit bien savoir ce que ça représente un traitement hormonal. Il doit bien savoir à quel point c’est traumatisant pour une femme. Et après qu’on le lui aie fait remarquer, poliment, il ose encore nous asséner que nous aurions pu bénéficier de leur service d’accompagnement.

Connard.5. Nous étions déjà d’accord bien avant de commencer tout ça, que nous ne ferions pas n’importe quoi pour avoir un enfant…

Nous avons donc arrêté là.

Et nous avons, enfin, dit à tous le monde. Y compris nos familles.

S’il y a bien une chose que l’on dit et qu’à mon avis il ne faut surtout pas écouter au pied de la lettre, c’est cette foutue règle des trois mois. Bien évidement, il ne s’agit pas de le dire à tous. Mais parlez-en de toute façon à un petit groupe d’amis6.  Bien sûr quand tout va bien, c’est merveilleux. Le problème, c’est que cette façon de faire donne l’impression que tout va bien pour tout le monde, puisque personne (ou presque) n’en parle quand ça ne va pas.

Dans le silence, dans ce blackout des 3 mois, s’il vous arrive quoi que ce soit, alors vous êtes seul. Seul pour affronter votre échec, votre deuil. Et c’est très dur.

Le nombre de fausses couches ou de couple qui sont sujet à une infertilité ou une hipo-fertilité, est très grand. Bien plus que ce qu’on pense.7 Le nombre de couples faisant appel à la procréation médicalement assisté est en augmentation. Et toutes ces situations, ne sont pas simple à vivre. Les vivre seuls empire les choses.

Heureusement, c’est en train de changer, il me semble…

 

Quelques liens sur le sujet :

 

  1. on parle de plusieurs injections []
  2. Et que les tests de grossesses ne fonctionne pas, puisqu’ils sont basé sur les mêmes hormones qui sont injectées. []
  3. Si je me souviens bien au alentour des 25% []
  4. et je me retiens d’écrire des insultes []
  5. oups…)

    Aucune information précise avant le traitement sur les chances de succès, aucun accompagnement humain ((et je ne vous parle pas des autres péripéties ou on a eu l’impression d’être traité comme du bétail []

  6. personnellement, j’éviterais la famille, mais c’est à vous de voir []
  7. A ce sujet, je tiens à préciser qu’il n’existe pas de statistiques officielles sur le nombre de stimulation hormonale en Suisse. []
This entry was posted in santé, Sciences, Société and tagged , . Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *