La nature est bien faite

C’est une phrase que l’on entend souvent. Lorsque l’on s’émerveille  de l’adéquation d’un animal à son milieu1, ou des réactions physiologiques que nous avons face à certains évènements2. Jusque-là, passe encore3, le problème, c’est l’extension que l’on en fait:

Tout ce qui n’est pas naturel n’est pas bon.

Ou encore pire:

Écoute ton corps, il sait ce qui est bon pour lui.

Outre le fait qu’il faudrait définir “naturel” ou “bon pour lui”, on oublie plusieurs choses fondamentales. Tout d’abord, les réactions, ou les besoins, que nous avons prennent leurs racines dans des temps où nous vivions par petits groupes, en dépendance totale avec l’environnement directement accessible, et où la seule la survie comptait. Nos lointains ancêtres mangeaient ce qu’ils trouvaient, et devait notamment se méfier  des plantes toxiques. Des animaux sauvages4 menaçaient fréquemment les groupes humains et il convenait de trouver des stratégies pour survivre (et se reproduire). Bref, vous l’aurez compris, rien à voir avec le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.

Durant toute l’évolution de l’homme, et de ses ancêtres avant, la sélection naturelle a fait son œuvre, forgeant  petit à petit l’homme pour faire de lui ce qu’il est maintenant5. Ça c’est la version romancée. En fait, la sélection naturelle a fait6 disparaître toutes les variantes qui n’étaient pas adaptées. Ce qui est resté, ce qui a fait l’homme d’aujourd’hui7 ce n’est pas le meilleur de la nature, ni même le plus fort, ou le plus intelligent, et encore moins le plus empathique, c’est uniquement le plus adéquat dans un milieu donné, voire même, simplement, celui qui survit. Aucun jugement de valeur n’est pris en compte dans l’évolution.

Après des millions d’années d’évolution, durant lesquelles l’homme a d’abord découvert le feu, puis domestiqué les bêtes, l’agriculture, l’écriture et en moins de 10’000 ans, l’homme a complément modifié son milieu. C’est allé tellement vite, que “la nature” n’a pas eu le temps de s’adapter. Par exemple, nos changements alimentaires ont induit des problèmes que nous n’avions pas auparavant: carie et orthodontie par exemple. Je plaisante souvent avec mes amis en disant que:

Si la nature était bien faite, je n’aurais pas besoin de me brosser les dents 3 fois par jour.

En réalité, le problème n’est pas de savoir si la nature est bien faite ou pas, le problème, c’est de savoir si nous sommes adaptés. Et de fait, nous ne sommes peut-être pas mieux adapté à notre milieu que nos ancêtres, par contre, nos différentes techniques nous permettent d’y faire face. Que la source de nos problèmes soit issue de notre biologie ou créee par nous-même. Ainsi nous avons inventé le dentiste, le physio, l’analyse nutritionnelle, etc. Et c’est précisément parce que nous sommes capables d’analyser nos comportements, et dans certains cas de refuser de céder à nos pulsions que nous survivons. Notre corps aime particulièrement les aliments sucrés par exemple. Si nous n’étions pas capables de limiter notre consommation, nous aurions tous de graves problèmes de santé.8 En fait, une bonne partie des outils que nous avons à disposition font tellement partie de l’homme qu’il devrait presque être considéré comme naturel. Toute la difficulté est de trouver l’équilibre entre ce qui est bon, ce qui est nécessaire à l’homme, et ce qui est lui est nuisible.

Cependant, notre développement technique, et les modifications que nous faisons à notre environnement iront toujours plus vite que l’évolution “naturelle”. Nous avons donc le choix de continuer cette course effrénée vers l’avant en cherchant toujours de nouvelles solutions aux problèmes, ou bien, peut-être, de se poser quelques questions et de ne pas systématiquement faire quelque chose simplement parce qu’il est possible de le faire.

La nature est certes bien faite, mais l’homme sans ses techniques, n’y survivrait pas, alors jusqu’où voulons-nous aller?

 

Un grand merci à Alan Vonlanthen pour sa relecture de mon billet.

 

  1. Par exemple l’abeille qui butine et qui pollinise en même temps la fleur []
  2. P.ex. du dégout, voire des vomissements,  face à de la nourriture avariée. []
  3. que les darwinistes ne me tapent pas sur les doigts []
  4. Il faut dire qu’ils l’étaient aussi, sauvage []
  5. Étant entendu que l’évolution n’est pas terminée []
  6. Quand je dis “a fait”, il n’y a bien sur aucune espèce de volonté, de conscience ou de desseins la derrière []
  7. et le reste la nature aussi d’ailleurs []
  8. D’ailleurs, il y en a. []
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