Ca me coûte moins cher de racheter une imprimante…

… que de changer les cartouches.

C’est une phrase que j’entends souvent. En plus du fait qu’elle est fausse, cette situation vient tout droit de la recherche d’un abaissement des coûts, ou comment la protection des consommateurs se retourne contre elle-même, et contre l’environnement. On va voir plus loin pourquoi.

Tout d’abord, il faut savoir que les imprimantes neuves sont livrées avec des cartouches presque vides. J’exagère à peine. Si vos cartouches annoncent 450 pages imprimables, vous pouvez être sûr que vous n’allez pas les faire avec votre jeu d’origine. Tout le monde le sait bien, les constructeurs d’imprimantes vivent principalement sur la vente des consommables, pourquoi livreraient-ils des cartouches pleines? Se tirant ainsi une balle dans le pied? Alors oui, le prix de votre jeu de cartouche neuve est peut-être plus élevé que le prix de l’imprimante, mais ce prix1 ne reflète pas la valeur  de ce que vous avez acheté. Ici, le nombre de pages imprimables par exemple.

Il y a quelques années, je vendais des imprimantes lasers couleurs d’un grand constructeur. Il disposait dans sa gamme de deux imprimantes identiques à une différence près: les cartouches. La version A était livré avec des cartouches quasiment vide, comme c’est le cas très souvent, et la version B était livré avec des cartouches pleines. Bien évidemment, le prix de la version A était bien moindre que la version B.  A l’époque j’avais sortis ma petite calculatrice et additionné le prix de l’imprimante A et des cartouches,  et je l’ai comparé avec la B.2 La version B était moins chère à nombre de page imprimable égale. Malgré ces arguments, je n’ai vendu aucune version B. Seule la version A partait.3

Et ce mécanisme, ou les consommateurs regardent le prix et non pas la valeur de ce qu’ils achètent, les constructeurs d’imprimantes l’on très bien comprit4. C’est ainsi également que la taille des cartouches, et donc leur prix, a été réduit, alors que leur valeur a en fait diminué.5

Pour gagner leur vie, les constructeurs se sont rendu compte qu’il était plus efficace de vendre très peu chère l’imprimante et de dégager une marge plus importante sur les consommables. C’est alors que les cartouches génériques font leurs apparitions. Des industriels, soucieux du porte-monnaie des consommateurs et du leur, se sont mis à fabriquer des cartouches compatibles avec les imprimantes fabriquées par d’autres. Leur prix ne pouvait être qu’inférieur: ils n’avaient pas besoin de se rembourser les coûts engendré par les pertes effectuées sur les ventes d’imprimantes.

Les constructeurs d’imprimantes ont tenté de répliquer par la loi en interdisant les consommables équivalents: échec. Notamment grâce à des associations de défense des consommateurs.  Ils ont donc contournés le problème. Puisqu’ils ne peuvent pas les empêcher légalement, ils se sont mis à le faire techniquement : ajout de puces électroniques dans les cartouches, nouveau jeu  de cartouches avec chaque nouvelle imprimante, etc. Forçant de fait, les constructeurs de génériques à plus de recherche, et donc des coûts plus élevé, et aussi un peu de latence entre la sortie d’une nouvelle imprimante et la mise sur le marché de cartouches génériques.

Pour le consommateur au final, on arrive à une situation ou à chaque fois qu’il change d’imprimante6, ces anciennes cartouches ne sont plus compatibles, il ne retrouve plus le même modèle7, et il paye ses impressions toujours aussi chers.8. Avec au passage une montagne de déchet en plus (vous devez changer vos cartouches bien plus souvent).

Aujourd’hui, la situation est complètement bloquée et sans une prise de conscience générale et des décisions politiques courageuses, je vois mal comment nous pourrions sortir de là. Le nœud du problème est en fait assez simple à énoncer : il ne faut pas chercher à payer le prix le moins cher, il faut chercher à payer le prix juste. Les industriels, les marchands, ne sont pas tous des méchants qui veulent la mort de la planète. Ce sont des gens qui cherchent à faire tourner leur entreprise et l’économie dans son ensemble. Il est illusoire de croire que nous pourrons acquérir des biens en dessous de leur prix réel, au final, l’entrepreneur trouve toujours un moyen de gagner son argent. Alors faisons en sorte qu’il le gagne bien.

  1. principalement le prix de l’imprimante []
  2. Je n’ai malheureusement pas gardé ces chiffres exactes. []
  3. Oui, j’ai bien dit aucune. []
  4. C’est valable dans d’autres domaines également []
  5. A titre d’exemple, les cartouches HP 78, vendu il y a 7-8 ans, qui était une cartouche très répandue, contenait 38ml d’encre. Aujourd’hui, une HP 364 fait 6ml.  Les techniques d’impressions ont changés depuis, notamment la taille des gouttes d’encres, la diminution de la taille n’est pas le seul facteur déterminant. []
  6. Et je ne vous parle même pas de l’obsolescence programmée. []
  7. Sur une bonne partie du marché, on a un renouvellement bi-annuel des produits. []
  8. Il y a tout de même une diminution globale du coût de l’impression, mais celui-ci aurait pu être bien plus important []
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