Débat sur les armes, suite

Pour faire suite à mon article précédent1 et après la lecture de l’article de M. Queloz2, je me posais la question de la pertinence de cet argument:

En Suisse, et sans doute dans les autres pays également3, ce taux est totalement indépendant du nombre d’armes à feu en circulation. Les femmes n’emploient en effet que de manière marginale, dans environ 3% des cas seulement, ce moyen quand elles décident de se donner la mort. Si le taux de suicide masculin dépendait du nombre d’armes à feu, son évolution dans le temps devrait présenter des caractéristiques nettement différentes de celui des femmes. Or, depuis 1945, le taux de suicide féminin suit la même évolution que celui des hommes, les deux courbes étant remarquablement parallèles.

Connaissant la pertinence de l’analyse criminologique de M. Queloz4, je me suis renseigné auprès d’un spécialiste. J’ai reçu une réponse, brève mais éclairée de M. Killias, que je vous livre ici.

Bonjour,

on sent bien que M. Queloz n'a pas l'habitude des recherches
quantitatives. Il soulève trois points différents:

(1) Le nombre de suicides est totalement indépendant du nombre d'armes
en circulation.
Cet argument est probablement juste, ce n'est pas le nombre d'armes en
circulation qui est déterminant, mais le nombre de personnes qui ont
accès à une arme.

(2) Les femmes se tuent moins souvent que les hommes avec une arme à feu.
C'est évident. On n'est pas en présence d'un méchanisme déterministe,
mais probabiliste, et multi- et non pas monocausal. Les femmes se tuent
par d'autres moyens pour des raisons qui sont inconnues (probablement
l'accès, mais il y a sans doute plus que cela). Il est d'ailleurs
possible que l'évolution des suicides des femmes par balle soient aussi
dépendante du nombre de ménages avec une arme, mais cela semble
difficile à vérifier dans un petit pays comme la Suisse au vu des
faibles nombres absolus.

(3) L'évolution des suicides dépend aussi de la disponibilité d'autres
moyens léthaux. Même les sommes se tuent majoritairement sans arme à
feu. En plus, la courbe des suicides dépend également d'autres facteurs
qui frappent probablement les deux sexes (crise économique, par ex.). Le
parallèlisme entre les deux courbes ne surprend donc pas.

Meilleures salutations,
Prof. Martin Killias

Je navré de devoir une fois de plus constater qu’un des arguments des opposants tombe à l’eau. La question qui demeure est: comment font-ils pour avoir encore 44% des voix?5

  1. http://www.ixanet.ch/blog/2011/01/debat-sur-les-armes/ []
  2. Dimitry Queloz, le temps du 26.01 http://m.letemps.ch/Page/Uuid/d28e9bc2-2935-11e0-9672-d2850ff6335f/Possession_darmes_et_suicides_un_lien_erron%C3%A9 []
  3. On remarquera au passage la subtilité de l’analyse scientifique. Quand on met un “sans doute” c’est quand même que la rigueur n’est pas de mise. []
  4. Qui est, rappelons-le: spécialiste d’histoire militaire []
  5. Loin de moi l’idée de penser que les millions de l’UDC investit dans cette campagne y soit pour quoi que ce soit. []
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