Débat sur les armes

Nous voterons en suisse le 13 février prochain sur l’initiative populaire “Pour la protection face à la violence des armes”.1 Voici mon avis.

Qui êtes-vous pour parler? D’où viennent vos chiffres?

J’ai horreur d’entendre des mauvais arguments, et encore plus quand ils sont de mauvaise foi. J’aimerais replacer certains arguments à leur place et démontrer que certains raisonnement sont appuyé sur du vent.

M. Jan Krepelka et M. Dimitry Queloz nous citent des chiffres (notamment pour des pays étrangers) sans nous donner les références des études dont ils sont tirés. Bien que le raisonnement de M. Queloz soit intéressant, il est vain sans données scientifique clair. Sans compter que se hasarder à la comparaison internationale en plus de la comparaison historique est très délicate.2 De trop nombreux biais peuvent apparaître qu’une étude complète est poussée ne saurait résoudre.3

Mais surtout, quand on n’est pas un spécialiste dans un domaine, comme moi en criminalité, on ne peut se permettre de faire des analyses sur ces thèmes. Il est possible de s’inspirer d’études4. On peut parler de la position de l’auteur, de son appartenance politique. On peut parler en tant que citoyen-politicien de notre vision de la société, de nos valeurs, mais on ne s’improvise pas sociologue ou criminologue. Regardez donc quels sont les professions des auteurs des textes5… Pour le coup, l’objectivité et le professionnalisme sont assez remarquable.

Arguments de société

Un objet n’est pas dangereux, c’est l’homme qui s’en sert le rend dangereux.6

Bon, c’est une évidence en fait. Jusqu’à l’apparition prochaine des robots en tout cas. Alors pourquoi demande-t-on aux gens passer un permis de conduire par exemple? C’est bien que l’on considère que l’on ne peut pas utiliser une voiture sans l’accord de la société car on considère cela dangereux. Quel est la différence avec une arme? L’objectif d’une voiture est de transporter des personnes (ou des biens), ce n’est pas de donner la mort. Je considère comme juste que quelqu’un qui veut posséder un objet destiner à donner la mort soit soumis à l’autorisation de la société. Dans un objectif de société pacifique et respectueuse de la vie, la règle ce n’est pas la possession d’une arme.

“Le rôle de l’arme de service à domicile n’est plus militaire, mais il reste stratégique: il s’agit de savoir qui détient les armes desquelles découle, in fine, le pouvoir politique. Est-ce que ce sont uniquement les forces de sécurité ou les citoyens en général?”7

Voici un argument intéressant. Malheureusement, cette construction de société est bancale. D’une part nous, le peuple souverain, avons donné à l’état l’exercice exclusif de la violence nécessaire8. Sans cela, la vie en démocratie et l’égalité de droits serait compromise. D’autre part, nous savons que l’armement d’une faction entraîne une surenchère des adversaires. Et enfin, la violence ne fait qu’engendrer la violence. Mon objectif est de vivre dans un pays libre ou la discussion démocratique est possible. Pour cela, je ne veux pas à avoir une arme chez moi pour avoir le droit à la parole. C’est une vision éculée et anti-égalitaire de la société.9

La légitime défense

C’est une belle idée. Très belle. Curieusement, sur le coup, aucun chiffre de vie sauvée grâce à la possession d’une arme n’a été trouvé par les opposants. Outre le fait qu’établir une telle statistique serait délicat, c’est aussi parce que le nombre de cas est ridiculement faible. J’attends toujours l’étude qui me démontre que le nombre de gens possiblement sauvé par une arme soit plus grand que le nombre de gens innocents tués ou blessés par armes.

C’est une atteinte à la liberté que de restreindre l’accès aux armes.

Voilà une vérité cinglante. Toute loi est une restriction de liberté. Il est toutefois plus facile d’atteindre aux libertés d’un petit groupe (une minorité) que d’un grand groupe, mais c’est toujours une atteinte à la liberté. Uniquement brandir l’atteinte à la liberté est la preuve d’une faiblesse d’argumentaire. C’est simpliste, donc inapproprié dans le débat politique.10. Il faut faire le bilan entre l’atteinte et le gain pour la population en général. C’est un équilibre délicat à trouver.

Mais encore faut-il ne pas confondre liberté et  égoïsme.11 La liberté, ce n’est pas la possibilité de faire ce que l’on veut. La liberté, c’est un ensemble complexe qui contient notamment l’idée de pourvoir entreprendre et dire le plus de chose possible, mais qui contient aussi des restrictions nécessaires pour que notre propre liberté ne soit pas affectée par celle des autres (« La liberté des uns commence là où elle confirme celle des autres »).12

Arguments de comptoirs

Moi, je connais un type qui possède une arme est ça se passe très bien.

En encore heureux, car si avec TOUTES les personnes qui possèdent une arme ça ne se passait pas bien, il y aurait longtemps que nous aurions légiféré et probablement interdit. Montrer en exemple un cas particulier (et donc possiblement exceptionnel également) biaise nécessairement le débat.

“Si vous ne voulez plus d’accidents de la route, supprimez toutes les voitures.” Succès immédiat garanti…13

C’est parfaitement exacte, et aussi parfaitement stupide comme argumentaire. Aller dans un extrême ne démonte aucun argument. L’initiative ne veut pas interdire les armes. Et précisément en ce qui concerne les voitures, il y a une réglementation assez stricte.

Et après, le texte passe au parlement

Rappelons le texte de la loi:

Art. 118c, al. 2 Quiconque entend acquérir, posséder, porter, utiliser ou remettre une arme à feu ou des munitions doit justifier d’un besoin et disposer des capacités nécessaires. La loi règles les exigences et les détails […]

Et le résultat du vote du parlement:

Le Conseil fédéral et le Parlement vous recommandent de rejeter l’initiative.
Le Conseil national a rejeté l’initiative par 119 voix contre 69
et 4 abstentions, le Conseil des États par 30 voix contre 11
et 1 abstention

Alors, ceux qui pensent que la “clause du besoin” sera interprétée de manière trop restrictive peuvent se détendre. Avec une majorité comme celle-ci au parlement, on ne devrait pas avoir de critères insurmontables.

Nos valeurs avant tout

Finalement, l’argument le plus important, c’est de savoir quels sont les valeurs que nous voulons transmettre. Je suis assez enclin à favoriser une société pacifiste, ou la promotion de la paix et le dialogue amical est mis en avant. Une société où nous nous faisons la guerre sur le terrain des idées, où les fortifications de l’esprit sont prise d’assaut par les arguments, où chacun trouve sa place et dont la voix puisse être entendue.

Quelques liens externes:

  1. http://www.ejpd.admin.ch/content/ejpd/fr/home/dokumentation/abstimmungen/2011-02-13.html []
  2. changement des définitions, des référencements, etc. []
  3. Ce que M. Killias évite en ne parlant que de statistiques suisses, récentes, comparables, accessible sur le site de l’OFS. []
  4. avec des références par pitié! []
  5. Jan Krepelka, directeur de l’Institut Laissez-faire. Dimitry Queloz, spécialiste d’histoire militaire.  Martin Killias, professeur de droit pénal et de criminologie. []
  6. Notamment chez Jan Krepelka, voir liens externes. []
  7. Ludovic Monnerat, 24heures, http://www.24heures.ch/actu/suisse/initiative-armes-va-tuer-tradition-citoyen-soldat-2011-01-18 []
  8. Ceci pour éviter la vendetta notamment []
  9. Merci à Gregory qui a ouvert le débat la-dessus: https://www.facebook.com/notes/gregory-favre/un-argument-contre-linitiative-contre-la-violence-des-armes/192481007436176 []
  10. On pourrait aussi dire que c’est du populisme []
  11. Merci à Nicolas avec qui j’ai cette discussion particulièrement intéressante https://www.facebook.com/profile.php?id=570518939 []
  12. https://secure.wikimedia.org/wikipedia/fr/wiki/Libert%C3%A9 []
  13. Frederic Scholl https://www.facebook.com/notes/gregory-favre/un-argument-contre-linitiative-contre-la-violence-des-armes/192481007436176 []
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3 Responses to Débat sur les armes

  1. xavier says:

    Après la rédaction de mon article, j’ai découvert l’article de M. Wicht que j’ai ajouté à la liste de liens.

  2. Gregory says:

    Merci pour cette lecture fort documentée et bien développée!
    Le débat infrarouge d’hier soir (26.1.2011) a été – on s’y attendait- parfaitement stupide. Les défenseurs du oui se bornaient à utiliser comme argument:
    – le concept archi-dépassé de la tradition (elle a bon dos!),
    – l’embêtement pour les tirs obligatoires (je vois bien une solution: les faire en service, pas bien compliqué, non??)
    – les gens qui vont tirer deux fois par an et qui n’iront plus parce qu’on les embête avec d’horribles formalités administratives (les pauvres!)
    – la liberté individuelle –je partage ton avis

    Heureusement, ils n’osèrent pas le coup de la self-defense. Aux arguments que tu soutiens, j’ajouterais aussi que la loi n’est pas franchement du côté de celui qui se défend: On te menace chez toi, tu prends ton arme et tire sur l’assaillant, tu risques la prison pour tentative de meurtre si le faquin n’était pas armé. Et je trouve cela parfaitement normal, la proportionnalité s’applique aux forces de l’ordre, elle doit s’appliquer à plus forte raison au citoyen non formé.
    Bilan, avoir une arme pour te défendre est au mieux un risque pour ta famille.

    Définitivement, aucun argument des opposants n’aura réussi à me convaincre. Mon bulletin est rempli et sera dans l’urne demain.

    • xahag says:

      Merci pour ton message. Je n’ai pas pu voir le débat sur infrarouge hier mais vu les commentaires que j’ai en eu, je ne regrette pas.
      Je crois que l’on s’achemine vers une victoire pour cette initiative, mais n’oublions pas, jusqu’au dernier moment, il faut garder la pression.

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