J’aime la voiture

Mon 4000640282_fabc967ec4_bcôté militant politique est assez connu de mon entourage et de mes connaissances. Cependant, je remarque que passablement de mes points de vue ne sont pas compris, ou mal compris. Voici une donc une occasion de faire le point sur quelques-uns. Aujourd’hui: la voiture.

On assez facilement tendance à me coller l’étiquette d’anti-voiture. Probablement parce que je n’en ai pas et que je prône l’utilisation des transports publics. Alors bien évidement, le jour où j’utilise une voiture on me fait des remarques.1 Comme si le fait d’être “écolo” devait forcément faire de moi un négationniste de la modernité et que je n’aie le droit que de manger des racines et de m’éclairer à la bougie. 2

Ce n’est pas comme ça que je vis. J’utilise même fréquemment une voiture. Que ce soit dans mon travail, ou pour me rendre dans des lieux peu ou pas accessibles en transports publics.3 Et comble de l’horreur: ça ne me pose aucun problème.

Ce qui pose un problème avec la voiture, c’est son utilisation trop massive, pas adaptée ou inutile que l’on en fait. C’est contre ça que je me bats. Et pas contre son utilisation raisonnée et utile, voire indispensable4. Le trajet, tout particulièrement les trajets quotidiens le long des grands axes ferroviaires me semble par exemple un immense gâchis.

Le gâchis est même double. D’une part, avec la diminution des ressources en pétrole, le prix de la mobilité personnelle va augmenter, et ce que je peux faire aujourd’hui à moindre frais, me coutera beaucoup plus cher demain. Mais aussi simplement à plus court terme, circuler sur des routes complètements bondées est un calvaire.

Pendant des années j’ai eu une voiture. Et je criais à tout va que je ne pourrais pas vivre sans, parce que ci, ou parce que ça. Et puis ma voiture est morte. J’ai en pas rachetée une, pour voir.

Alors oui, passer d’un mode de vie avec voiture à un sans voiture, c’est quelques changements à faire.5 Mais je peux vous assurer que c’est possible pour bien plus de monde que vous ne le pensez, peut-être même vous.

Essayez, pour voir.

 

Photo Credit: hubertguyon via Compfight cc

  1. Certains amis le font pour se moquer sympathiquement de moi, ils ne sont pas visé ici []
  2. On reproche d’ailleurs souvent aux “écolos” de vouloir un retour à l’éclairage à la bougie. []
  3. J’utilise passablement le service de partage de voiture Mobility. []
  4. Les verts n’ont jamais demandé au ambulancier de prendre le bus []
  5. Je fais une partie de mes courses en ligne, je dois faire un peu plus attention aux horaires, … []

Le choc silencieux

On commence par vouloir faire la surprise à tout le monde. Alors on ne dit rien.  Et puis, de toute façon, on nous a dit qu’il ne fallait rien dire  avant 3 mois, parce qu’avant, on est pas sûr. On se tait donc. Mais on trépigne.

3 mois, rien ne vient.

Il ne faut pas être trop impatients tout de même.

6 mois, rien.

C’est normal, ça ne marche pas à tout les coups, ni tout de suite. Il faut savoir être patients. La pilule ça bouleverse pas mal de choses, il faut un moment pour que ça rentre dans l’ordre. Une année, c’est un délai normal, lit-on.

1 an, toujours rien.

Différents tests de grossesses négatifs faits, en l’absence d’autres repères (parce qu’on ne sait pas). Cette incertitude commence à devenir pesante. Mais on ne perd pas espoir. Quand j’ai fait semblant que nous ne voulions pas d’enfant, ce n’était pas vraiment un mensonge, nous voulions faire la surprise.

1 an et demi.

Quand on est sorti de la première consultation au CPMA, tout allait bien, nous allions faire les examens préliminaires afin de déterminer les causes de notre non-réussite et nous allions savoir pourquoi.

Résultats.

Pour le médecin c’est simple: rien de vraiment grave, la machine est un peu grippée, ne produit pas d’hormones, alors on va mettre de l’huile. En l’occurrence il s’agit d’une stimulation hormonale de plusieurs jours1 après lesquels il faut tout faire comme si vous étiez enceinte, alors qu’on en sait rien2. Pour lui, on commençait demain.

Stupéfaction.

Stop. Un peu de calme pour réfléchir. Nous posons quelques questions. Nous réussissons au final à extorquer quelques informations à notre interlocuteur. Dans ce genre de situations où l’émotion prend une place très importante, la capacité de réflexion n’est pas à son paroxysme.

Nous avons décidé de laisser passer encore un peu de temps, d’essayer des solutions un peu moins violentes, et de revenir le cas échant.

2 ans et demi.

Quelques amis proches savent maintenant la situation dans laquelle nous sommes. Cette annonce retardée ressemblait avec le temps à un mensonge orchestré, et cette sensation de double vie n’était plus tenable. La pression, même involontaire, des naissances autour de nous, de nos familles qui posent quelques questions en toute innocence sur le sujet, est bel et bien réelle.

3 ans.

Le traitement, finalement tenté, a été un échec. Et franchement, avoir des rapports sexuels inscrit dans l’agenda, n’est pas le meilleur souvenir que j’aurais de ma vie. Quand on retourne voir notre doc, pour lui rien d’anormal. Oui, le traitement ne fait que ramener la probabilité3 de tomber enceinte à une valeur normale, un peu supérieure en fait parce que l’ovulation est contrôlée donc en ayant des rapports au bon moment on augment les chances. Si ça a échoué, il faut simplement recommencer tout cela une ou deux fois, et ça sera bon.

Pourtant, ce type4, il doit bien savoir ce que ça représente un traitement hormonal. Il doit bien savoir à quel point c’est traumatisant pour une femme. Et après qu’on le lui aie fait remarquer, poliment, il ose encore nous asséner que nous aurions pu bénéficier de leur service d’accompagnement.

Connard.5. Nous étions déjà d’accord bien avant de commencer tout ça, que nous ne ferions pas n’importe quoi pour avoir un enfant…

Nous avons donc arrêté là.

Et nous avons, enfin, dit à tous le monde. Y compris nos familles.

S’il y a bien une chose que l’on dit et qu’à mon avis il ne faut surtout pas écouter au pied de la lettre, c’est cette foutue règle des trois mois. Bien évidement, il ne s’agit pas de le dire à tous. Mais parlez-en de toute façon à un petit groupe d’amis6.  Bien sûr quand tout va bien, c’est merveilleux. Le problème, c’est que cette façon de faire donne l’impression que tout va bien pour tout le monde, puisque personne (ou presque) n’en parle quand ça ne va pas.

Dans le silence, dans ce blackout des 3 mois, s’il vous arrive quoi que ce soit, alors vous êtes seul. Seul pour affronter votre échec, votre deuil. Et c’est très dur.

Le nombre de fausses couches ou de couple qui sont sujet à une infertilité ou une hipo-fertilité, est très grand. Bien plus que ce qu’on pense.7 Le nombre de couples faisant appel à la procréation médicalement assisté est en augmentation. Et toutes ces situations, ne sont pas simple à vivre. Les vivre seuls empire les choses.

Heureusement, c’est en train de changer, il me semble…

 

Quelques liens sur le sujet :

 

  1. on parle de plusieurs injections []
  2. Et que les tests de grossesses ne fonctionne pas, puisqu’ils sont basé sur les mêmes hormones qui sont injectées. []
  3. Si je me souviens bien au alentour des 25% []
  4. et je me retiens d’écrire des insultes []
  5. oups…)

    Aucune information précise avant le traitement sur les chances de succès, aucun accompagnement humain ((et je ne vous parle pas des autres péripéties ou on a eu l’impression d’être traité comme du bétail []

  6. personnellement, j’éviterais la famille, mais c’est à vous de voir []
  7. A ce sujet, je tiens à préciser qu’il n’existe pas de statistiques officielles sur le nombre de stimulation hormonale en Suisse. []

L’homophobie, tout simplement

Lors d’une discussion simple autours de petits artisans de la région, l’un de mes proches me parle d’un sculpteur tout à fait brillant semble-t-il. Il réalise différentes pièces qui sont vendues directement par l’artiste ou données à des associations caritatives dans l’objectif de réaliser quelques revenus pour financer leurs activités.

- Tu sais, il est vraiment très sympa. Il m’a dit que je pourrais passer prendre le reste mercredi prochain, lui ne sera pas là, mais son compagnon oui. Il est serviable, tellement attentionné. Je me demande s’ils sont tous comme ça.

- Il y a des gens sympas, comme des cons partout…

- Oui, je sais bien. Oh, et puis tu sais, il a un frère, tout différent. Qui lui est tout à fait normal. Il travaille dans …

- Tu sais, l’homosexualité n’est pas anormale.

- Oui, je sais bien, enfin… je voulais dire qu’il a une famille, tu vois.

A ce moment-là, je me suis habillement dérobé à la conversation. Le plus inquiétant, c’est que ce genre de propos sont tenus manière totalement anodine. Comme s’il s’agissait de l’évidence même.

J’entends déjà les contestataires qui vont me rétorquer: “Mais arrête de nous ennuyer, ce n’est pas pensé à mal, et si on doit réfléchir à tout ce qu’on dit…”

Non, on ne doit pas réfléchir à tout ce qu’on dit, mais il est tout de même important de faire un minimum attention. En revanche, il est de bon ton de se rétracter quand on dit une parole blessante et que quelqu’un vous le fait remarquer. Finalement, ce n’est parce que ce n’est pas pensé à mal, que ça ne fait pas mal.

 

 

Une expérience culinaire

Nous arrivons à Bâle. Le voyage a été suffisamment long pour que nous pussions nous reposer. La soirée d’hier soir était mémorable. Je sais pourquoi je suis là: c’est un cadeau. Mais je ne sais pas de quoi il s’agit. Nous cherchons notre chemin pour nous rendre jusqu’à notre hôtel, où nous nous délestons de toutes nos affaires.

Nous reprenons aussitôt les chemins de la ville. J’aime beaucoup me balader dans les villes. Il fait un peu froid aussi nous marchons d’un bon pas. Et puis, nous avons faim aussi.

Nous entrons dans l’établissement. Petits casiers à droite, nous y déposons toutes nos affaires. La décoration est assez lounge. Une vielle usine reconvertie. La réceptionniste nous répond dans un français parfait après que nous lui ayons adressé une demi-phrase dans une langue que j’ai de la peine à nommer allemand. Elle nous explique. Nous choisissons notre formule. C’est vraiment bien qu’elle parle français.

Nous patientons pas mal. Beaucoup de monde, beaucoup de succès. Sans réservation impossible d’y entrer. Nous savons que notre serveur s’appelle Josh, et nous l’attendons en regardant dans les cuisines à travers une vitre. Très jolies assiettes.

Josh se présente à nous. Il nous dit trois mots sur lui, et comment nous devons faire. Dociles et excités nous nous exécutons et le suivons donc dans la salle, tous à la queue leu leu. Il nous installe à notre table, l’un en face de l’autre. A ma droite, des tables de services? A ma gauche, 6 convives, trois hommes et trois femmes. Juste à côté de moi, un homme. Assez jeune. Ils parlent tous allemand, en suisse-allemand. Au loin, j’entends les serveurs qui se déplacent en annonçant : “Service! Service!”.

L’environnement est assez stressant pour moi: Mes sens sont tous en alertes maximales. J’essaie, du mieux que je peux, de reconstruire les alentours. Causé très probablement par mon besoin de connaître et de maîtriser mon environnement. Cet exercice est très fatigant. Pour mon interlocutrice en face de moi, les choses sont très différentes: Un lâcher-prise total, se laisser aller au moment présent.

Notre serveur revient avec les boissons que nous avons commandées. Vin rouge et eau plate. C’est lorsque nous aurons fini notre premier verre, servit par Josh, que les choses vont commencer à se compliquer. Avez-vous déjà essayé de remplir un verre dans le noir complet? En ne sachant pas ce qu’il reste dans le verre, ni même sa taille exacte?

C’est pourtant bien ce que nous avons dû faire dans ce restaurant ou l’on mange à l’aveugle: Blindekuh.

S’il  y a bien un conseil que je peux vous donner si vous allez dans un de ces établissements, c’est de respecter à la lettre les consignes données par votre serveur. Un verre, rempli de vin qui plus est, ne se trouvant pas à la bonne place au moment où les assiettes sont servies, peut très rapidement aboutir à une catastrophe liquide sur toute la table.

Bien évidemment, nous n’avions aucune idée du contenu de notre assiette, et nous nous sommes essayé à la devinette. Pas d’inquiétude à avoir, on vous donne les réponses lorsque vous sortez. Le plus difficile n’a pas été de trouver que nous avions un morceau de poularde, mais de découper des bouchées de taille raisonnable et que tout reste dans notre assiette.

Le plus étrange, ce n’est pas la nourriture. C’est l’autre. La communication avec l’autre. Dès que vous ne faites plus de bruit, vous n’existez plus. Alors qu’habituellement un sourire, un regard, ou un hochement de tête, vous suffit pour signaler à votre interlocuteur que vous le suivez et l’écoutez. Dans le noir complet, c’est tout différent. Et le lendemain, lorsque je parle de mon expérience, c’est une impression étrange qui me reste, comme un rêve.

Il ne faut par contre pas croire que c’est ce que vivent les aveugles ou malvoyants. Pour eux, c’est bien pire. En effet, si je ne voyais rien, personne ne me voyais non plus. J’ai donc pu lécher tranquillement mon assiette sans que personne ne le sache et donc me le reproche. Alors que pour un aveugle, non seulement il ne voit rien, mais en plus, les autres le voient.

Offrir son aide

Alors que je faisais mes premières recherches pour faire mes cadeaux de Noël et de fin d’année. Je me demandais comment allier le plaisir d’offrir, d’aider des personnes dans le besoin, et d’éviter de faire marcher la machine à consommer de fin d’année. Il est évident que mon niveau de vie est excellent, et non que je me sente coupable, j’aime à partager mon bien être. Tout particulièrement quand j’ai tout ce qu’il me faut.

Je me suis donc mis à butiner des informations de ci de là et finalement, je suis tombé sur une action de l’EPER. Cette action – dont on trouve des équivalents aux Etats-Unis1, en Grande-Bretagne2, en Finlande3 etc. -  vous propose d’offrir une poule à votre belle-mère, un canard à votre mari, ou encore des vers de terre à votre oncle.4. Ils appellent ça offrir son aide.

Fondé il y a 5 ans, ce programme a un succès grandissant chaque année, ses coûts de fonctionnement très bas5 sont même en diminution vu que peu d’investissement est aujourd’hui nécessaire.

Bien évidemment, le destinataire du cadeau ne reçoit pas la marchandise, mais un certificat. Ce certificat vous garantit qu’à l’autre bout de la chaine, les gallinacés seront bien livré en Inde, les caqueteurs au Bangladesh, et les lombrics aux Philippines. Finalement, les réels bénéficiaires de votre cadeau se seront ces agriculteurs, maraichers ou familles très pauvres, dont l’EPER améliore chaque jour un peu le niveau de vie.

Il m’a semblé que c’était une manière intelligente d’offrir, pratique et parfaitement en phase avec notre société, et avec nos valeurs.

  1. Heifer []
  2. Present aid []
  3. Finn church aid []
  4. Pour la liste complète voir:  http://www.offrir-son-aide.ch/cadeaux/tous-les-cadeaux/ []
  5. environs 13%, selon la certification ZEWO []

L’intolérance au lactose

Introduction

J’aimerais commencer par parler de la fondation HON (Health On the Net). Vous savez que sur Internet on trouve de nombreuses informations, et pas forcément toujours très fiables. HON nous aide dans le choix des informations que l’on peut trouver sur Internet avec différents outils comme un moteur de recherches dans des sites qu’ils ont classé comme de confiance, et des labels qu’ils donnent à des sites. Cela ne doit pas vous enlever votre esprit critique et d’aller vérifier les informations tout de même, mais ça permet un premier tri. Je l’ai un peu utilisé pour faire ce dossier.

Le moteur de recherche permet de rechercher des informations par langue, ce qui est très pratique quand on ne parle pas très bien l’anglais.

Allergie ou intolérance?

Dans un premier temps, j’aimerais établir la différence entre allergie et intolérance. L’allergie est une réponse du système immunitaire à une substance. Il peut s’agir d’un métal, d’un aliment, d’un produit de nettoyage, etc. Le principe est simple, le système immunitaire considère la substance comme une menace, tel un virus, et va mettre en œuvre des moyens pour l’éliminer. Il va y avoir production d’anticorps qui vont se lier avec la substance, qui vont déclencher les réactions en chaîne pour arriver à la  libération d’histamine (et autres substances). C’est elle qui créée la réaction allergique. Les personnes allergiques prennent souvent des antihistaminiques pour supprimer cette réaction. Très souvent, les réactions allergiques sont minimes: nez qui coule, éternuement, toux, démangeaisons, etc. Mais dans certains cas, et ce très rapidement après le contact avec l’allergène, il peut se produire un choc anaphylactique, qui peut mener à un arrêt cardiaque si on n’administre pas de l’adrénaline. C’est ce qui arrive avec les personnes allergiques aux piqûres d’abeilles par exemple.

Bien qu’une personne sur 3 se dise allergique, en réalité, seul 2% de la population l’est. La proportion est plus importante chez les enfants (3-7%), mais elles disparaissent le plus souvent après l’entrée à l’école. (Je n’ai pas fait de recherche pour savoir quels étaient les causes réelles.)

Les allergies alimentaires sont souvent d’ordre génétique( et donc héréditaire), et normalement identifiée très tôt dans la vie.

L’intolérance, elle, relève d’un autre mécanisme. Ce n’est pas le système immunitaire qui réagit, mais une autre partie du métabolisme. L’intolérance au lactose est un cas très particulier et intéressant sur de nombreux points, qui met en jeu le système digestif.

L’intolérance au lactose

Qu’est-ce que le lactose?

Le lactose est un disaccharide (un glucide) composé de deux sucres: glucose et de galactose. Le lactose n’est pas assimilé directement par notre intestin et doit être coupé en deux. C’est la lactase, une enzyme digestive, qui s’occupe de ce travail. On constate chez les intolérants au lactose une absence (ou du moins des concentrations très faibles) de lactase. Pourtant, durant nos premières années de vies, nous avons tous, à l’exception notable des allergiques au lait, consommé du lait. (Au passage, les allergies au lait sont causées par les protéines du lait, et pas par le lactose.)

Chez les mammifères, l’homme ne faisant pas exception, les adultes perdent la capacité de digérer le lactose à l’âge adulte. Pour l’homme vers 5-7 ans.

Savez-vous, au niveau mondial, combien d’êtres humains adultes sont capables de digérer le lactose?

J’ai trouvé différents chiffres qui font état de 15 à 25% de personnes tolérantes au lactose. Dans les pays asiatiques, on atteint même des scores de 90% d’intolérance. Mythe tenu.

Chez nous, en Europe, c’est plutôt la proportion inverse. Jusqu’à 80% de tolérants en France par exemple. Comment cela se fait-il?

Le Caucase il y a 10’000 ans (environ)

Une mutation génétique est apparue  il y a environ 10’000 ans (entre 10’000 et 5’000) dans le Caucase. Mutation dominante, et qui s’est répandue assez rapidement en Europe. On ne sait pas très bien si c’est grâce à l’élevage, ou si c’est ça qui a favorisé l’élevage. Il y a eu des études pour essayer de le vérifier, mais aucune conclusion définitive n’est établie. D’autant plus que l’avantage évolutif semble maigre. Même les éleveurs n’ont pas besoin d’être tolérant au lactose pour être avantagés. Sans frigo, et sous l’action des bactéries, en quelques heures, le lait est rapidement transformé en yogourt.  Ce qui est remarquable, c’est que cette mutation et l’une des dernières identifiées dans l’histoire de l’évolution de l’homme et une des plus importantes. Mais il y a plus, j’y reviendrais juste après. Je m’arrête un instant sur cette mutation.

La mutation d’un variant T en -13910

Je ne vais pas entrer dans les détails très techniques des différents codons de nos gènes. Une petite chose tout de même. Ce qui a muté, ce n’est pas la portion du gène qui code pour la lactase. C’est la partie qui code pour l’expression de ce gène. Ce qui est somme tout assez logique. Ce qui change au cours de notre vie, c’est l’expression du gène qui code pour la lactase. On appelle les intolérants des “lactase non-persistant”. Les autres étant “lactase persistant.”

Il existe également une mutation qui rend inopérante la lactase elle-même. Celle-ci est détectée dans les premiers jours de la vie. Il peut s’agir d’une mutation héréditaire.

Évolution parallèle

Mais il y a plus, disais-je juste avant. Certaines populations d’Afrique sont également très fortement tolérantes au lactose.  En analysant leur génome, on s’est rendu compte que la mutation était différente. Elle est apparue entre -7’000 et -3’000 ans, et concerne une autre partie du gène, mais qui a exactement la même expression: rendre la personne “lactase persistante”.  Nous avons un magnifique cas d’évolutive parallèle. Deux populations différentes convergent vers un même avantage.

L’intolérance au lactose en pratique

Si le lactose n’est pas dissocié dans l’intestin grêle, il passe tout droit, et c’est dans le colon que les choses peuvent devenir compliquées. Les bactéries présentes dans cette partie de notre intestin vont se nourrir du lactose en dégageant des gaz (hydrogène et méthane notamment). Ce sont ces gaz qui vont provoquer des ballonnements.

Les intolérants n’ont pas d’autre choix que de réduire leur consommation. La plupart du temps, de petites quantités de lactose ne posent aucun problème. De plus, de nombreux fromages sont quasiment exempts de lactose. Le lactose étant soluble dans l’eau, plus le fromage est égoutté, moins il en contiendra. Et comme il est utilisé par les bactéries du lait, plus le fromage est vieux, moins il en aura.

Dans les yogourts on trouve généralement pas mal de bactéries qui vont s’occuper de couper le lactose. On en trouve souvent moins, mais pas toujours, certains yaourts sont fabriqué avec une addition de lait en poudre, et on donc une plus grand proportion de lactose.

Quelques exemples (pour 100g de produit)

Lait entier (3,5 %) 4,8g
Beurre 0,6g
Crème fraîche 2,5g
Mozzarella 0,1-1,1 g
Emmental 0,1g
Cheddar cheese 0,02 g
Crème glacée 6,7 g
Lait de brebis 4,6-5,4 g
Fromage de brebis 0,1 g
Lait de chèvre 4,1-4,7 g

À noter que les produits qui ne sont pas à base de lait, ne contiennent pas de lactose. Cela paraît idiot à dire comme ça, mais certains fabricants l’indiquent sur l’emballage de produits. C’est le cas de certaines margarines par exemple.

Dépister une intolérance

Une solution simple consiste à supprimer le lait de son alimentation et voir si les symptômes disparaissent.  Il est également possible de faire des mesures: on fait manger du lactose au patient, puis on mesure la concentration en hydrogène dans l’air qu’il expire, et sa glycémie (taux de sucre dans le sang). Si le lactose est digéré par les bactéries du colon, elles vont libérer de l’hydrogène qui va se retrouver dans les poumons (environ 2h plus tard). S’il est digéré par la personne, on pourra voir une augmentation de sa glycémie (environ 30 minutes plus tard).

Il est également possible de faire un test ADN et vérifier la présence d’une des deux mutations connues. Mais ce test est plus cher, et demande plus de temps.

Qu’est-ce qu’un lait dé-lactosé?

Comme son nom ne le laisse pas penser, ce n’est pas un lait auquel on a enlevé le lactose. C’est un lait dans lequel on a simplement ajouté de la lactase. Cela ne change pas les qualités nutritives du lait, par contre ça change pas mal le prix.

 

Ce billet a été initialement publié sur Podcastscience.

 

Références:

La protection du paysage? Mon oeil!

Franchement, ils me font bien marrer les protecteurs du paysage, du naturel ou de la tradition. Qui n’a pas entendu, ou dit soi-même, qu’il faut sauvegarder nos paysages de la destruction humaine, qu’il faut manger des produits naturels, ou qu’il faut conserver nos traditions?

L’exemple de la protection du paysage contre les éoliennes est un cas flagrant. D’une part, il ne faut pas oublier de tout mettre dans la balance1 . Mais surtout, ces éoliennes ne sont pas moches. Moi, je les trouve carrément belle. En fait, s’il y avait eu des défenseurs du paysage avant la construction des vignes du Lavaux, je n’aurais peut-être pas à quelques kilomètres de chez moi un site classé au patrimoine mondiale de l’humanité2. Le problème est exactement le même au sujet du nouveau toit du parlement vaudois, pour lequel un groupe veut un toit brun, plutôt que ce gris proposé. Dans 10 ans, on se sera complétement habitué et dans 50 ans il y aura des programmes pour “sauver le parlement vaudois de la destruction, ce joyau de l’architecture [..]” je vous laisse imaginer ce qu’on pourrait en dire. Toutes les considérations esthétiques que nous pouvons avoir ne tiennent pas sur le long terme, elles sont même vite dépassée. Et surtout, n’y a-t-il des choses plus importantes à décider?

Chez nous, il n’y a plus aucun paysage naturel. Tout a été façonné par l’homme. Nos forêts sont taillées, plantées, nettoyées. Nous creusons la montagne, construisons des routes, bâtissons des monuments. Nous détournons des rivières, canalisons des fleuves. Ils nous plaisent aujourd’hui, peut-être moins demain, mais on ne peut en tout cas pas prétendre défendre des paysages naturels.

Le “naturel “dans l’alimentation me fait beaucoup rire aussi. Qu’est-ce que le naturel? C’est une grosse farce dont se nourrit une frange bobo-branchés de la population, de politiciens démagogiques ou d‘industriels en phase de greenwashing. Toute notre production agricole a été modifiée, sélectionnée. Le naturel ce serait la campagne? Chez le paysan? Boire du lait de ses vaches? La vache n’existe pas à l’état naturel, tout comme le cochon, et tous les animaux d’élevages. Et je ne vous parle pas des semences.

Un comportement devient une tradition a partir de quand? 5 ans? 10 ans? 50 ans? La culture est en mouvement, penser qu’il faut la figer pour la préserver est une ânerie. Les techniques vont et viennent, les métiers changent, les modes passent, les religions et les rites se modifient.

Les agissements des multinationales ou des états qui pillent notre planète doivent cesser, nous devons faire attention à ce que nous mangeons, nous ne devons pas détruire notre environnement, ni nos paysages, mais nous devons mener ce combat en posant les bonnes questions, en donnant les bons arguments. Arrêtons de dire que nous voulons “retourner aux sources”, retrouver le naturel ou restaurer nos traditions, ces concepts sont complètement vide de sens.  Je rappelle, par exemple,  que s’il faut sauver la planète, c’est en réalité uniquement pour que nous puissions continuer à vivre.

Il y a tellement de bonne raison pour faire des choses bien, que je me demande pourquoi on va en chercher des mauvaises.

 

 

  1. La construction d’autre moyen de production peut aussi “gâcher” le paysage. Il faut aussi considérer l’intégralité des nuisances et les atteintes à environnement par ces autres moyens []
  2. Classement que je trouve relativement discutable, mais c’est un autre sujet []

Je peux le faire, donc je le fais

Le monde techniquement très développé dans lequel nous vivons nous permet de réaliser des choses qui n’étaient pas envisageables il y a quelques années.1 Ces énormes possibilités que nous avons, s’accompagnent de responsabilités de la même ampleur. Et ceci à tous les niveaux.

Le seul fait qu’une action soit réalisable, est-il suffisante pour la justifier?

Par exemple, je peux mettre le feu à une voiture (fait techniquement réalisable). Mais la justification de ce geste ne réside pas dans le fait que je puisse le faire, c’est évident.

En revanche, si je vous dis: je peux m’acheter une tablette tactile de dernière génération. Dans ce cas, le seul fait que je puisse le faire, suffit à le justifier2.  Quand bien même les conséquences de cet acte ne sont pas anodines: les conditions de travail des employés de ces constructeurs sont au mieux lamentables, la durée de vie des produits est très courte et les déchets qui en résultent polluent énormément.  Je vois d’ici venir l’objection: dans le premier cas, c’est un acte illégal, pas le second.

Prenons un autre exemple. Pour de cours week-ends, on entend souvent la réflexion suivante:

Pour aller à Amsterdam, l’avion est moins cher que le train,  et surtout, tu mets beaucoup moins de temps. On ne peut pas faire autrement pour notre escapade du vendredi au dimanche.

Bien sûr qu’on peut faire autrement: ne pas y aller. Cette possibilité technique qui nous est offerte de voyager rapidement à un coût économiquement dérisoire n’est pas sans conséquence. Et la légalité, ou non, de l’action n’y change rien. Et pour se donner bonne conscience, certains vont même jusqu’à clamer:3

Je sais ce que tu penses de prendre l’avion pour ce genre de trajet, mais j’assume.

Outre le fait que la justification est inutile, voire révélatrice d’un certain malaise, cette assertion est fausse. Le passager, ou l’acheteur de produit polluant, n’assume rien, tout au plus il assume une certaine pression de certains compatriotes. L’incendiaire, lui, va devoir assumer ses actes. Le pollueur, en réalité, fait assumer ces actes à l’ensemble de la collectivité.

Revenons au cœur du problème, le simple fait de pouvoir faire quelque chose n’est pas suffisant, il faut aussi que cela ait du sens4. Certains me rétorqueront que nous ne pouvons pas nous poser la question pour chaque action que nous entreprenons. Bien sûr que non, restons pragmatiques. Cependant, notre confort de vie actuel, nous le devons à toutes les techniques que nous utilisons,  je pense qu’il est de notre devoir de réfléchir aux conséquences de leurs utilisations, et parfois se poser la question: pourquoi faire telle chose, plutôt que comment faire, me semble indispensable.

Quand on donne un sens à nos actes, quand on ne les fait plus uniquement car on peut le faire, quand on refuse de prendre l’avion pour se rendre à Amsterdam ou que l’on change son alimentation, nos actes prennent une dimension idéologique. De mon point de vue, c’est une excellente nouvelle, car d’une part je dirais5 qu’il est important de considérer l’ensemble et l’individu, et pas uniquement l’individu. D’autre part, j’espère que nos choix de vie sont gouvernés par autre chose que par des contingences matérielles: il est tout aussi important de prendre en compte les valeurs morales que les considérations économiques.

Il y a un domaine qui est encore plus problématique: la santé.

Confronté à une maladie ou un accident, le patient, ou la famille, peut être facilement tenté de “tout faire” pour sauver le malade. Comme chaque intervention a un coût, qui peut être particulièrement élevé, la question se pose jusqu’où peut-on vraiment aller pour sauver une vie. Car n’oublions pas que ce n’est pas directement le patient qui va assumer les coûts de son sauvetage, mais l’ensemble de la communauté. A l’heure où, l’on se rend compte que les coûts de la santé explosent, et pour éviter que le système ne s’effondre, on ne peut pas à mon avis négliger le problème. Car ceux qui vont pâtir d’un démantèlement du système d’assurance maladie, et qui commencent déjà à en souffrir  aujourd’hui, ce sont les classes économiques les plus faibles.

Mais comment faire pour refuser un soin, qui pourrait sauver la vie à quelqu’un, sur un motif économique? Je pense effectivement qu’on le peut pas directement. C’est pourquoi, selon moi, il est nécessaire d’avoir un débat éthique sur ce genre de sujet. Dans tous les cas, pour ma part, je continue de considérer que :

Le seul fait qu’une action soit réalisable, n’est pas suffisant pour la justifier.

 

  1. Quand je suis né, il n’y avait pas d’échographie dans toutes les maternités, et mes parents ne savaient pas comment j’allais être jusqu’au dernier moment. []
  2. Bien que nous nous en défendons et insistant sur l’utilité absolue de l’objet en question []
  3. Discours qui m’a été rapporté par une amie que je cite sans autorisation préalable, je suis sûr qu’elle me pardonnera. []
  4. Je ne dis pas que tout ce que je fais a du sens. []
  5. comme j’en ai déjà discuté dans ce billet http://www.ixanet.ch/blog/2011/10/il-faut-que-jy-gagne/ []

La nature est bien faite

C’est une phrase que l’on entend souvent. Lorsque l’on s’émerveille  de l’adéquation d’un animal à son milieu1, ou des réactions physiologiques que nous avons face à certains évènements2. Jusque-là, passe encore3, le problème, c’est l’extension que l’on en fait:

Tout ce qui n’est pas naturel n’est pas bon.

Ou encore pire:

Écoute ton corps, il sait ce qui est bon pour lui.

Outre le fait qu’il faudrait définir “naturel” ou “bon pour lui”, on oublie plusieurs choses fondamentales. Tout d’abord, les réactions, ou les besoins, que nous avons prennent leurs racines dans des temps où nous vivions par petits groupes, en dépendance totale avec l’environnement directement accessible, et où la seule la survie comptait. Nos lointains ancêtres mangeaient ce qu’ils trouvaient, et devait notamment se méfier  des plantes toxiques. Des animaux sauvages4 menaçaient fréquemment les groupes humains et il convenait de trouver des stratégies pour survivre (et se reproduire). Bref, vous l’aurez compris, rien à voir avec le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.

Durant toute l’évolution de l’homme, et de ses ancêtres avant, la sélection naturelle a fait son œuvre, forgeant  petit à petit l’homme pour faire de lui ce qu’il est maintenant5. Ça c’est la version romancée. En fait, la sélection naturelle a fait6 disparaître toutes les variantes qui n’étaient pas adaptées. Ce qui est resté, ce qui a fait l’homme d’aujourd’hui7 ce n’est pas le meilleur de la nature, ni même le plus fort, ou le plus intelligent, et encore moins le plus empathique, c’est uniquement le plus adéquat dans un milieu donné, voire même, simplement, celui qui survit. Aucun jugement de valeur n’est pris en compte dans l’évolution.

Après des millions d’années d’évolution, durant lesquelles l’homme a d’abord découvert le feu, puis domestiqué les bêtes, l’agriculture, l’écriture et en moins de 10’000 ans, l’homme a complément modifié son milieu. C’est allé tellement vite, que “la nature” n’a pas eu le temps de s’adapter. Par exemple, nos changements alimentaires ont induit des problèmes que nous n’avions pas auparavant: carie et orthodontie par exemple. Je plaisante souvent avec mes amis en disant que:

Si la nature était bien faite, je n’aurais pas besoin de me brosser les dents 3 fois par jour.

En réalité, le problème n’est pas de savoir si la nature est bien faite ou pas, le problème, c’est de savoir si nous sommes adaptés. Et de fait, nous ne sommes peut-être pas mieux adapté à notre milieu que nos ancêtres, par contre, nos différentes techniques nous permettent d’y faire face. Que la source de nos problèmes soit issue de notre biologie ou créee par nous-même. Ainsi nous avons inventé le dentiste, le physio, l’analyse nutritionnelle, etc. Et c’est précisément parce que nous sommes capables d’analyser nos comportements, et dans certains cas de refuser de céder à nos pulsions que nous survivons. Notre corps aime particulièrement les aliments sucrés par exemple. Si nous n’étions pas capables de limiter notre consommation, nous aurions tous de graves problèmes de santé.8 En fait, une bonne partie des outils que nous avons à disposition font tellement partie de l’homme qu’il devrait presque être considéré comme naturel. Toute la difficulté est de trouver l’équilibre entre ce qui est bon, ce qui est nécessaire à l’homme, et ce qui est lui est nuisible.

Cependant, notre développement technique, et les modifications que nous faisons à notre environnement iront toujours plus vite que l’évolution “naturelle”. Nous avons donc le choix de continuer cette course effrénée vers l’avant en cherchant toujours de nouvelles solutions aux problèmes, ou bien, peut-être, de se poser quelques questions et de ne pas systématiquement faire quelque chose simplement parce qu’il est possible de le faire.

La nature est certes bien faite, mais l’homme sans ses techniques, n’y survivrait pas, alors jusqu’où voulons-nous aller?

 

Un grand merci à Alan Vonlanthen pour sa relecture de mon billet.

 

  1. Par exemple l’abeille qui butine et qui pollinise en même temps la fleur []
  2. P.ex. du dégout, voire des vomissements,  face à de la nourriture avariée. []
  3. que les darwinistes ne me tapent pas sur les doigts []
  4. Il faut dire qu’ils l’étaient aussi, sauvage []
  5. Étant entendu que l’évolution n’est pas terminée []
  6. Quand je dis “a fait”, il n’y a bien sur aucune espèce de volonté, de conscience ou de desseins la derrière []
  7. et le reste la nature aussi d’ailleurs []
  8. D’ailleurs, il y en a. []

Ca me coûte moins cher de racheter une imprimante…

… que de changer les cartouches.

C’est une phrase que j’entends souvent. En plus du fait qu’elle est fausse, cette situation vient tout droit de la recherche d’un abaissement des coûts, ou comment la protection des consommateurs se retourne contre elle-même, et contre l’environnement. On va voir plus loin pourquoi.

Tout d’abord, il faut savoir que les imprimantes neuves sont livrées avec des cartouches presque vides. J’exagère à peine. Si vos cartouches annoncent 450 pages imprimables, vous pouvez être sûr que vous n’allez pas les faire avec votre jeu d’origine. Tout le monde le sait bien, les constructeurs d’imprimantes vivent principalement sur la vente des consommables, pourquoi livreraient-ils des cartouches pleines? Se tirant ainsi une balle dans le pied? Alors oui, le prix de votre jeu de cartouche neuve est peut-être plus élevé que le prix de l’imprimante, mais ce prix1 ne reflète pas la valeur  de ce que vous avez acheté. Ici, le nombre de pages imprimables par exemple.

Il y a quelques années, je vendais des imprimantes lasers couleurs d’un grand constructeur. Il disposait dans sa gamme de deux imprimantes identiques à une différence près: les cartouches. La version A était livré avec des cartouches quasiment vide, comme c’est le cas très souvent, et la version B était livré avec des cartouches pleines. Bien évidemment, le prix de la version A était bien moindre que la version B.  A l’époque j’avais sortis ma petite calculatrice et additionné le prix de l’imprimante A et des cartouches,  et je l’ai comparé avec la B.2 La version B était moins chère à nombre de page imprimable égale. Malgré ces arguments, je n’ai vendu aucune version B. Seule la version A partait.3

Et ce mécanisme, ou les consommateurs regardent le prix et non pas la valeur de ce qu’ils achètent, les constructeurs d’imprimantes l’on très bien comprit4. C’est ainsi également que la taille des cartouches, et donc leur prix, a été réduit, alors que leur valeur a en fait diminué.5

Pour gagner leur vie, les constructeurs se sont rendu compte qu’il était plus efficace de vendre très peu chère l’imprimante et de dégager une marge plus importante sur les consommables. C’est alors que les cartouches génériques font leurs apparitions. Des industriels, soucieux du porte-monnaie des consommateurs et du leur, se sont mis à fabriquer des cartouches compatibles avec les imprimantes fabriquées par d’autres. Leur prix ne pouvait être qu’inférieur: ils n’avaient pas besoin de se rembourser les coûts engendré par les pertes effectuées sur les ventes d’imprimantes.

Les constructeurs d’imprimantes ont tenté de répliquer par la loi en interdisant les consommables équivalents: échec. Notamment grâce à des associations de défense des consommateurs.  Ils ont donc contournés le problème. Puisqu’ils ne peuvent pas les empêcher légalement, ils se sont mis à le faire techniquement : ajout de puces électroniques dans les cartouches, nouveau jeu  de cartouches avec chaque nouvelle imprimante, etc. Forçant de fait, les constructeurs de génériques à plus de recherche, et donc des coûts plus élevé, et aussi un peu de latence entre la sortie d’une nouvelle imprimante et la mise sur le marché de cartouches génériques.

Pour le consommateur au final, on arrive à une situation ou à chaque fois qu’il change d’imprimante6, ces anciennes cartouches ne sont plus compatibles, il ne retrouve plus le même modèle7, et il paye ses impressions toujours aussi chers.8. Avec au passage une montagne de déchet en plus (vous devez changer vos cartouches bien plus souvent).

Aujourd’hui, la situation est complètement bloquée et sans une prise de conscience générale et des décisions politiques courageuses, je vois mal comment nous pourrions sortir de là. Le nœud du problème est en fait assez simple à énoncer : il ne faut pas chercher à payer le prix le moins cher, il faut chercher à payer le prix juste. Les industriels, les marchands, ne sont pas tous des méchants qui veulent la mort de la planète. Ce sont des gens qui cherchent à faire tourner leur entreprise et l’économie dans son ensemble. Il est illusoire de croire que nous pourrons acquérir des biens en dessous de leur prix réel, au final, l’entrepreneur trouve toujours un moyen de gagner son argent. Alors faisons en sorte qu’il le gagne bien.

  1. principalement le prix de l’imprimante []
  2. Je n’ai malheureusement pas gardé ces chiffres exactes. []
  3. Oui, j’ai bien dit aucune. []
  4. C’est valable dans d’autres domaines également []
  5. A titre d’exemple, les cartouches HP 78, vendu il y a 7-8 ans, qui était une cartouche très répandue, contenait 38ml d’encre. Aujourd’hui, une HP 364 fait 6ml.  Les techniques d’impressions ont changés depuis, notamment la taille des gouttes d’encres, la diminution de la taille n’est pas le seul facteur déterminant. []
  6. Et je ne vous parle même pas de l’obsolescence programmée. []
  7. Sur une bonne partie du marché, on a un renouvellement bi-annuel des produits. []
  8. Il y a tout de même une diminution globale du coût de l’impression, mais celui-ci aurait pu être bien plus important []